LIV. III. CH A P. I. SALPÊTRE
La production du nitredans lesnilrières artificielles, et dans les écuries ou les caves de nos habitations, peut évidemment s’expliquer de celte manière. Mais il est peu probable que l’oxydation de l’ammoniaque ou de l’azote de matières organiques soit la véritable eause de la nitriticalion active opérée dans les pays chauds, car ces matières sont rares dans beaucoup de nitrières artificielles. Il faut plutôt penser que l’évaporation trèsactive dans les climats chauds y est une des principales causes de la produelion du nitre. On sait que ce phénomène est accompagné de la production d’azotite d’ammoniaque (130). Ce sel, décomposé par les calcaires et le carbonate de potasse qu’on trouve constamment dans les matières où se forme le salpêtre, serait d’abord transformé en azotites de- chaux et de potasse, que l’action oxydante de l’air changerait en azotates.
Il n’est pas douteux que les autres modes de production de l’aeide azotique indiqués dans l’histoire de cet acide (142) ne puissent intervenir dans l’explication du phénomène de la nitrification, mais il ne serait pas aussi facile d’attribuer à chacune de ces causes sa véritable part d’action.
718. Extraction du salpêtre. — Le lavage des matières salpôtrées, tirées des nitrières artificielles ou naturelles, donne une dissolution d’azotate de potasse, de chaux et de magnésie, qui sert à la préparation du salpêtre. En France, on a abandonné depuis longtemps les nitrières artificielles ; on exploite encore les plâtras salpêtrés, mais la majeure partie de l’azotate de potasse -provient de la purification du salpêtre brut de l’Inde, ou du traitement de l’azotate de soude par le chlorure de potassium.
Nous ne parlerons ici que de la préparation du salpêtre brut tiré des plâtras ou du sol des pays chauds ou du raffinage des salpêtres de provenance quelconque.
719. Salpêtre île l’Inde. — On enlève le sol où le salpêtre est effleuri sur une épaisseur de quelques centimètres, et on le lessive. La dissolution des azotates est introduite dans de grands bassins où elle est soumise à l’évaporation spontanée. Il se dépose de gros cristaux d’azotates de potasse au milieu d’une eau mère contenant beaucoup d’azotates de chaux et de magnésie. On fait couler l’eau mère pour retirer les cristaux des bassins. Les eaux mères sont perdues, mais on pourrait les traiter avec avantage par les sels alcalins pour en extraire de l’azotate de potasse, comme on va le voir tout à l’heure.
720. Traitement des plâtras. — On place dans un ciivier 1 mètre cube environ de plâtras concassés et l’on y ajoute assez d’eau pour qu’c'lle les baigne complètement. Après douze heures de contact, on soutire l’eau et on la remplace par de nouvelle, et ainsi de suite jusqu’au moment où l’eau n’enlève plus sensiblement de matière soluble aux plâtras. Ces diverses eaux de lavage passent dans l’ordre où on les a oble-
CHIMIE INORGANIQUE
nues dans d’autres cuviers contenantdes plâtras à laver, et se concentrent ainsi en enlevant les matières solubles. 11 devient possible de les évaporer économiquement
La lessive ainsi obtenue contient de l’azotate de potasse, de chaux, de magnésie, et des chlorures de ces bases et de sodium. En la filtrant à travers une couche de cendre de bois, qui contient du carbonate et du sulfate de potasse, on peut précipiter la magnésie et la chaux, et obtenir une dissolution ne contenant plus que de l’azotate de potasse et des chlorures de sodium et de potassium dont on peut facilement séparer l’azotate.
Aujourd’hui on trouve plus économique, à raison du prix relativement élevé du carbonate de potasse ou de la cendre qui le fournit, de traiter d’abord les lessives par la chaux, pour précipiter la magnésie; la dissolution ne contient plus alors que des sels de chaux et de potasse ; on précipite les premiers avec du sulfate de potasse ou même du sulfate de soude, mais dans ce dernier cas il faudra ajouter du chlorure de potassium pour transformer, par l’évaporation à chaud, l’azotate de soude formé en azotate de potasse.
En évaporant la liqueur qui résulte du traitement du nitre brut par la cendre ou par la chaux elles sulfates, on obtient d’abord un dépôt de matières boueuses que l’ébullition, en agitant le liquide, amène vers le milieu de la chaudière, où l’on suspend un petit 'chaudron qui les reçoit. On enlève de temps en temps ce chaudron pour retirer les matières qui s’y sont accumulées. Les chlorures se déposent pendant l’évaporation, et l’azotate, très-soluble à chaud, reste dans la liqueur; quand on juge qu’elle est suffisamment concentrée, on fait couler la liqueur décantée dans des cristallisoirs, où elle laisse déposer par refroidissement la majeure partie de l’azotate de potasse.
7^1. Raffirfage. — L^azotate de potasse ainsi obtenu contient encore des chlorures, il en est de môme de celui qu’on obtient par le nitrate de soude. Ces chlorures, en lui donnant de la déliquescence dans un air humide, le rendraient impropre à la fabrication de la poudre, qui est son principal usage. On le raffine en le faisant cristalliser une seconde fois et en prenant la précaution d’agiter constamment la liqueur où s’effectue la cristallisation, afin d’empêcher la production de gros cristaux qui emprisonnent toujours de l’eau mère dans leur intérieur. On met ensuite égoutter ces cristaux dans des espèces d’entonnoirs renversés ;
1 Le lavage que nous venons de décrire est connu sous le nom de lavage méthodique; il permet d’extraire, avec une quantité d’eau relativement petite, les matières solubles disséminées dans une grande quantité de matières étrangères; aussi est-il employé dans beaucoup d’opérations industrielles, et notamment dans la préparation de la soude rafflnée ou en cristaux.