ÉTHERS SIMPLES
Nous allons examiner quelques-uns des principaux éthers simples ou composés, en nous attachant surtout à faire ressortir les réactions générales qui permettent d’en faire dériver des produitstrès importants, dont la découverte a déterminé le progrès si rapide de la chimie organique.
Élher chlorhydrique (chlorure d’élhyle), C‘'dLCl-
1180. Préparation. — On le prép.ire, ans une cornue (le verre des volumes égaux d.icueci 5
commerce el d’alcool. La cornue communique avec deux flacons; le premier contient de l’eau pour arrêter les vapeurs acides, le second de Uacide sulfurique pour dessécher le gaz, qui se rend dans un matras d’essayeur entouré d’un mélange réfrigérant.
H81. Propriétés. — Liquide incolore, dont la densité à 5® est 0,874; il bout à H° ; sa densité de vapeur est 2,219 et correspond à 4 volumes. L’éther chlorhydrique ne se décompose qu’au rouge et donne, d’après Thénard, des volumes égaux d’acide chlorhydrique et d’hydrogène bicarboné.
Il est un peu soluble dans l’eau (J /24).
L’éther chlorhydrique brûle avec une belle flamme verte fuligineuse, et produit d’abondantes vapeurs d’acide chlorhydrique faciles à reconnaître par l’azotate d’argent; soumis à l’action du chlore, il donne des produits correspondants à ceux que donne l’éther dans les mômes circonstances.
Les alcalis dissous dans l’eau n’attaquent point l’éther chlorhydrique, qui y est peu soluble ; mais ils réagissent facilement sur lui s’ils sont dissous dans l’alcool.
L’éther chlorhydrique est sans action sur l’azotate d’argent, môme quand il est dissous dans l’alcool, du moins à la température ordinaire; mais l’éther chlorhydrique d’autres alcools et l’éther iodhydrique de l’alcool ordinaire peuvent le précipiter immédiatement; on ne peut donc tirer de ce fait aucune objection sérieuse contre l’assimilation des éthers aux sels, quoique dans ce composé les propriétés du chlore se trouvent masquées comme elles le sont dans beaucoup de composés organiques chlorés, provenant de phénomènes de substitution.
Éther iodhydrique (iodure d’éthyle), C^H^l.
1182. Préparation. — Gay-Lussac l’a obtenu en faisant réagir l’acide iodhydrique sur l’alcool, mais il est plus commode de le préparer de la manière suivante : On introduit dans une cornue de verre tubulée 250 grammes d’alcool absolu, et 50 grammes d’iode ; on descend alors dans la liqueur un fragment de phosphore attaché à l’extrémité d’un fil de platine. La liqueur se décolore ; on retire alors le phosphore, on ajoute une
nouvelle dose d’iode, et l’on remet le phosphore; on recommence un certain nombre de lois cette opération, jusqu’au moment où l’on introduit successivement 170 grammes d’iode et 50 grammes de phosphore. On distille et on lave avec de l’eau le produit recueilli, puis on le fait digérer sur du chlorure de calcium pour le dessécher; on le distille sur un peu de mercure pour enlever l’iode. On recueille ce qui passe à 64®, 8.
L’action simultanée de l’iode el du phosphore produit de l’iodure de
CHAP. VI. RADICAUX ORliANIQUCS. 7(KI
phosphore qui décompose l’alcool en iodnre d’élhyle, en donnant de l’acide hypophosphoreux :
C4H6Q2 Phl = -t- PhO,HO.
1183. Propriétés. — C’est un liquide incolore, d’une odeur éthérée. Sa densité est 1 ,97 à 0" ; il bout à 61°, 8 et donne une vapeur dont la densité est de 5,17 (correspondant à 4- volumes). La lumière solaire l’altère rapidement et le colore en brun. La chaleur le transforme en gaz oléfiant, hydrogène et éthylène iodé (C^H^P).
Il brûle avec difliculté, en répandant d’épaisses vapeurs d’iode. Le chlore le transforme en éther chlorhydrique en chassant son iode, comme cela a lieu pour les iodures métalliques.
1181. Action des métaux. — Lorsqu’on chauffe à 150°, dans des tubes fermés, un mélange d’éther iodhydrique et de limaille de zinc, il seproi duit des cristaux d’iodure de zinc, un mélange gazeux composé de gaz ) oléfiant, des carbures CW et C^tP, et un liquide qu’on peut envi-
I sager comme une combinaison d’éthyle et de zinc et qu’on désigne sous le nom de zinc-éthyle. La production de ces divers corps se justifie facilement au moyen des formules suivantes :
G^H^l -h 2Zn = r>R5Zn -h Znl, h- 2Zn 2Znl,
2GAHSI ^ 2Zn = G^H^ -P G^H® -f- 2ZNI.
Le zinc-éthyle est un liquide limpide, spontanément inflammable k l’air. On le distille dans un courant d’acide carbonique, il bout alors à 118°, L’eau le décompose en oxyde de zinc et en carbure G^H®.
L’énergie de ses réactions permet d’obtenir beaucoup de combinaisons avec ce corps par de simples phénomènes de déplacement ou de double décomposition. Ainsi le sodium déplace le zinc dans le zinc-éthyle, et produit du sodium-éthyle qui reste combiné avec une portion duzincéthyle. Les chlorures de phosphore et d’arsenic réagissent sur le zincéthyle et doni^ent du chlorure de zinc et des produits qui diffèrent de l’hydrogène phosphoré et arsénié par la substitution de trois molécules I d’éthyle à trois molécules d’hydrogène (Hoffmann etGahours) :
) PhC13 4-3(GM1£Zn)= 3ZnGl + l'h'GHU)», AsGU -f 3(G^H5Zn) = 3ZnGI + Asp>H5)3.
L’éther iodhydrique, chauffé avec de l’étain, donne un produit cristallisé qui a pour composition G^H^Sn,! (G"^H^I-|- Sn=G*fPSn,l), sans déga-
’ Il faut remarquer que l’éthyle G*IU n’a pas encore été isolé jusqu ici. Quand on essaye de le dégager de sa coml)inaison, on obtient le produit G®H'®, ae se compoite I jamais comme un radical.
gemeiil d’aucun gaz ; c’est un iodure d’un radical organique, le stannélhyle, qui se comporte comme un véritable métal.
Les autres métaux donnent des radicaux analogues aux précédents; les métaux très-altérables (potassium, sodium, zinc, etc.), produisent des radicaux inflammables à l’air et capables de décomposer 1 eau avec violence, à la manière des métaux alcalins et du zinc-éthyle. Les métaux moins oxydables, comme le plomb, l’étain, le mercure, donnent des ra- ^ dicaux susceptibles de s’unir à l’oxygène, au chlore, etc., pour former de véritables oxydes ou chlorures. Ces oxydes se combinent aux acides,
en produisant des composés salins.
L’importante découverte des radicaux organiques est due à M. Frankland ; elle a été étendue et développée par divers chimistes, et notamment par M. Gahours.
1185. Action des corps composés. — Si on le chauffe avec de eau a 150° dans un tuhe scellé, l’iodure d’éthyle se transforme en acide lodhydrique et en éther ordinaire ; les alcalis en dissolution alcoolique le trans- forment immédiatement en alcool et iodure; l’oxyde d’argent, en présence de l’eau, produit le môme eflet.
L’ammoniaque produit avec lui des bases remarquables dont le mode
de formation et les propriétés générales seront indiqués dans le chapitre 1
des bases organiques. . , r
L’éther iodhydrique précipite immédiatement la dissolution alcoolique
d’azotate d’argent ; nous avons dit qu’il pouvait réagir sur la plupart des
sels d’argent, en donnant des éthers composés (Wurtz).
Cyanure d’éthyle (éther cyanhydrique), C^H^C^Az.
H86. On obtient ce corps en distillant un mélange de cyanure de po- j tassium et de sulfovinate de potasse, ou en chauffant en vases clos de ^ l’iodure d’éthyle et du cyanure d’argent. Ce corps traité par la potasse ne se comporte pas comme les autres éthers ; au lieu de reproduire I alcool en donnant du cyanure de potassium, il donne naissance à du propionate d’ammoniaque (ou plus exactement à du propionate de potasse et à de l’ammoniaque qui se dégage) en fixant les éléments de quatre équivalents d’eau. C’est, comme nous l’avons déjà vu (450 et 457) une réaction générale des composés du cyanogène :
+ 4HO = A7ll3,H0,C8H503.
Propionate (l’ammoDiaque.
Nous reviendrons bientôt sur celte réaction importante (1200).
cil A P.