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BASES NATURELLES

1316. Généralités. — Les bases organiques naturelles se rencontrent dans les diverses familles de végétaux combinés aux acides végétaux; elles constituent, malgré leur faible proportion, les principes actifs de plantes remarquables par leurs propriétés vénéneuses ou médicales.

Elles sont ordinairement cristallisables et fixes, mais il en est quelques-unes qui sont liquides et volatiles; leur solubilité dans Peau est généralement faible, elles sont beaucoup plus solubles 'dans l’alcool. Leur saveur est amère, leur réaction alcaline, comme celle de la potasse et de Uammoniaque.

Leur mode de combinaison avec les acides les rapproche beaucoup de cette dernière base ; elles s’unissent avec les hydracides, sans rien perdre ni sans rien gagner d’autre, aussi peut-on déterminer leur équivalent par la quantité d’acide chlorhydrique qu’elles absorbent quand elles sont sèches (1120); mais dans leur union avec les oxacides, elles fixent toujours un équivalent d’eau.

Leurs chlorures s’unissent, comme le chlorhydrate d’ammoniaque, au chloruie de platine et forment des chlorures doubles correspondants, généralement peu solubles.

Toutes les bases organiques renferment de l’azote, celles qui sont volatiles ne contiennent pas d’oxygène.

Leur extraction se fait ordinairement en traitant les parties du végétal qui les contiennent par les acides minéraux étendus, qui décomposent les sels des alcaloïdes et s’emparent des bases; on précipite ensuite la liqueur par 1 ammoniaque où le carbonate de soude, et l’on obtient ainsi la base organique mélangée d’autres substances insolubles dans les mêmes circonstances, dont on les séparera au moyen de dissolvants convenablement choisis; mais celte séparation présente, en général, de grandes difficultés.

Alcalis du quinquina

L’écorce du quinquina vrai, qui provient de bonnes espèces decinchona^ contient quatre bases distinctes : ta quinine, la cincbonine, la quinidine

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et la cinchonidine, qui y sont combinées aux acides quinique et tannique. C’est le quinquina jaune qui contient le plus de quinine, le quinquina gris contient plus de cinchonine, et celui de Bogota contient surtout de la quinidine et de la cinchonidine.

Nous ne nous occuperons ici que des deux premières bases. On sait que la première est un des médicaments les plus précieux que nous possédions.

üuiiiinc,

1 317. dxtractiou. — On fait macerer à plusieurs reprises le quinquina gris pulvérisé avec de l’eau acidulée d’acide chlorhydrique, qui dissout toute la quinine et la cinchonine ; on ajoute à la liqueur filtrée un lait de chaux et on laisse déposer. Le dépôt contient les bases avec du quinate et du tannate de chaux et quelques autres matières ; on le sèche et on le traite à chaud par de l’alcool à 86°, pour dissoudre les hases; la liqueur, assez fortement colorée, est neutralisée par l’acide sulfurique étendu ; on en sépare alors l’alcool par distillation, le sulfate de quinine cristallise par refroidissement, l’eau mère retient le sulfate de cinchonine.

Le sulfate de quinine est décoloré par le noir animal, et purifié par de nouvelles cristallisations; on en précipite la quinine par l’ammoniaque.

1318. Propviétés. — A cet état, elle constitue une masse blanche terreuse, cristallisant très-difficilement, môme dans l’alcool. Elle est trèssoluble dans l’éther, qui dissout à peine la cinchonine; mais l’eau n’en dissout que fort peu, môme à chaud (1/250). Sa dissolution alcoolique est lévogyre.

La plupart de ses sels sont cristallisables et possèdent une saveur extrêmement amère; ils sont précipités par les alcalis^ par le chlorure de platine, l’acide tannique et l’acide oxalique.

1319. Sulfate de quinine (G^0H20Az2O^SO3-f 7HO). — C’est la forme principale sous laquelle on administre la quinine; ce sulfate contient, en effet, 75 pour 100 de son poids de quinine. Ce sulfate se présente ordinairement dans le commerce, où il est préparé, comme on l’a dit précédemment, sous forme d’aiguilles déliées blanches et légères. Sa saveur est amère au plus haut degré. L’eau froide n’en dissout que le 1/710 de son poids, l’eau chaude 1/30, mais il se dissout dans l’eau aiguisée d’acide sulfurique, et donne une dissolution douée d’une couleur bleue chatoyante, quand on la regarde sous certaines incidences. 11 fond comme la cire, se colore en rouge vif, puis se carbonise.

La dissolution de sulfate de quinine dans l’acide sulfurique, évaporée, donne de beaux cristaux efllorescenls de sulfate acide.

CIIAP. XI 1. BASES OIUJANIQUES.

Cinclioiiiiie,

1320. li^xtraction et propriétés. — Oii l’extrait du sulfate de cinchonine, en précipitant celui-ci par l’ammoniaque; on la sépare de la quinine qui l’accompagne au moyen de l’éther, celle-ci ne dissout pas la cinchonine. On la reprend par l’alcool, où elle cristallise facilement en prismes très-brillants et très-réfringents, peu solubles dans l’eau.

Les dissolutions dans l’alcool et dans les acides dévient la lumière polarisée à droite, à l’inverse, par conséquent, de la quinine, dont les disso- . lutions correspondantes dévient il gauche.

La quinidine et la cinchonidine sont des isomères de la quinine et de la cinchonine, de propriétés bien différentes.

Alcalis de l’opium.

1321. On trouve dans le suc laiteux et desséché des pavots des bases nombreuses combinées à l’acide méconique, dont les mieux connues sont :

La morphine C^'^Hi^AzO®,

La codéine CS^H^iAzO®,

La thébaïne C^sH^iAzO®,

La papavérine

La narcotine C'^^H^sAzOi^,

La narcéine . C'^^h^sAzO's.

On ne sait pas si toutes les sortes d’opium contiennent toutes ces bases. La plus abondante est la morphine, que l’on trouve dans toutes les espèces d’opium, dans la proportion de 7 à 8 pour 100. — Cette base est employée en médecine à l’état de chlorure, de sulfate et d’acétate de morphine; c’est un narcotique puissant.

Alcalis des slrycliiiées.

1322. La famille des strycbnées fournit des bases qui sont des poisons redoutables; ce sont la strychnine et la brucine, on les trouve à l’état de lactates dans la fève de Saint-Ignace, dans le bois de couleuvre [strychnos colubrina) et dans la noix vomique. C’est ordinairement de la noix vomique que l’on relire ces deux bases.

On fait bouillir la noix vomique en poudre avec de l’eau aiguisée d’acide sulfurique, on filtre et on précipite par la chaux. Le précipité des deux bases est dissous dans l’alcool, qui laisse cristalliser la strychnine et retient la brucine.

La strychnine, C^‘2H22^zW, constitue des prismes rectangulaires ter-

77f. CHIMIIî: ORGAINIQUE.

minés par des pyramides à quatre faces, infusibles, d’une saveur éminemment amère, d’une réaction alcaline. Ils sont très-peu solubles dans l’eau et insolubles dans l’alcool absolu et dans l’éther.

La plupart de ces sels sont cristallisables, leur saveur est très-amère ; ils produisent le tétanos comme la strychnine elle-même, et sont des poisons mortels. Leur contre-poison est le tannin ; le thé, qui en contient, peut donc être administré dans ces circonstances, à défaut d une infusion de noix de galle.

On reconnaît facilement les sels de strychnine aux caractères suivants : Ils donnent un précipité cristallisé, quand on les traite par le sulfocyanure de potassium, et si l’on verse surun sel de strychnine une goutte • d’acide sulfurique et une autre d’une dissolution de chromate de potasse, ils prennent une magnifique couleur violette.

La brucine, C^®H26Az20^ ressemble beaucoup à la strychnine par ses propriétés toxiques, mais elle est plus soluble dans 1 eau et dans l alcool. Elle rougit au contact de l’acide azotique.

Alcalis du tabac (nicotine), C'^^lU^Az-.

Les diverses espèces de tabac renferment de la nicotine; les moins estimés en renferment jusqu’à 7 et 8 pour 100.

1323. Extraction et propriétés. — On fait digérer les feuilles du tabac avec de l’acide sulfurique étendu ; on les exprime et on réduit le liquide à moitié par évaporation; on le distille avec de la potasse caustique, et on extrait la nicotine du liquide qui a distillé par de l’éther. La dissolution éthérée de nicotine est évaporée, et l’on obtient ainsi une nicotine brune et impure, que l’on distille sur de la chaux vive dans un courant d’hydrogène sec. Cette opération donne un liquide incolore, d’une odeur de tabac assez faible, mais que la chaleur rend étourdissante. Sa densité est 1,048. La nicotine est assez soluble dans l’eau, mais beaucoup plus dans l’alcool et dans l’éther; ces dissolutions sont très-fortement alcalines, elles sont dextrogyres, et deviennent lévogyres quand on les mêle avec un peu d’acide chlorhydrique. Elle bout à 250°, en se décomposant partiellement. Elle est éminemment vénéneuse.

BASES AUTIFICIELLES.

On n’a reproduit jusqu’ici aucun alcaloïde naturel, mais on peut obtenir un nombre extrêmement considérable de bases, la plupart analogues à l’ammoniaque, par des méthodes d’une généralité remarquable, que nous allons exposer sur quelques exemples particuliers.

(niAP. Xll. HASES ARTIFICIELLES.

1° Transformation delà nitrobenzine en aniline.

1324. La iiUrobenzine, C^'^H^AzO^ (l'276), soumise à l’influence des réducteurs hydrogénés ou de l’hydrogène naissant, perd tout son oxygène, lixe 2 équivalents d’hydrogène, et se transforme alors en une base connue sous le nom qV aniline. M. Zinin, qui a fait connaître le premier cette remarquable réaction, préparait l’aniline en faisant passer un courant d’hydrogène sulfuré dans la nitrobenzine dissoute dans l’alcool. H y avait production d’aniline, d’eau, et précipitation de soufre :

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