CHAP. XV. FIBRINE
L’albumine coagulée ne se dissout plus dans l’eau, mais dans les acides; avec l’acide chlorhydrique concentré et bouillant, la dissolution prend une coloration bleu-violet. Ce caractère appartient également à la fibrine et à la caséine, quelle qu’en soit d’ailleurs la provenance, et permet, par conséquent, de reconnaître ces substances sous quelque forme qu’elles se présentent. L’albumine se dissout aussi dans les alcalis en les neutralisant.
1377. Lieucine. — L’albumine fondue avec de l’hydrate de potasse donne naissance à une substance homologue du glycocolle et de l’alanine; c’est la leucine,C‘2Hi3AzO\ qui est liée àPacidecaproïque, comme le glycocolle à l’acide acétique (1220), et l’alanine à l’acide pro- I pionique.
Fibrine.
1378. Préparation et propriétés. — La fibrine existe a 1 état de I dissolution dans le sang, le chyle et la lymphe des animaux vivants. On
I l’obtient coagulée par le battage du sang au sortir des vaisseaux; la fi- I brine s’attache aux baguettes sous forme de flocons filamenteux. On peut encore préparer la fibrine par un lavage prolongé du caillot du sang avec de l’eau ordinaire; les globules sont entraînés, et il reste une masse incolore que l’on dessèche, et que l’on traite par l’éther pour en séparer la graisse.
La fibrine humide est blanche; desséchée, elle est jaunâtre, dure et cassante. Elle se ramollit dans l’eau sans s’y dissoudre, mais elle est trèssoluble dans l’acide acétique et dans les alcalis. La solution d’acide, chlorhydrique la gonfle, puis finit par la dissoudre en prenant la teinte violette caractéristique des substances protéiques (1386). Différentes'dissolutions salines étendues, notamment celle de salpêtre, la dissolvent peu à peu à la température de 30°; cette dissolution se coagule par la chaleur, mais elle est précipitée par l’acide acétique, ce qui n’a pas lieu avec une dissolution d’albumine. Nous rappellerons que la fibrine a la propriété de décomposer l’eau oxygénée sur laquelle l’albumine et la caséine sont sans action.
La fibrine longtemps bouillie avec de l’eau prend tous les caractères de l’albumine conguléc. Ses produits de transformation ou de décomposition sous diverses influences sont les mêmes que ceux de l’albu-
Imine.
filoliuliiie cl héiitaliiic.
1379. La globuline (hématocrislalline), qui constitue avec 1 hématine le contenu visqueux des globules du sang, ressemble beaucoup à 1 albu-
CHIMIE ORGANIQUE
mine, surtout par la propriété de se coaguler, mais elle en diffère parce qu’elle se transforme peu à peu sous l’influence de l’air en une substance cristallisée. Si l’on place sur le porte-objet d’un microscope puissant une goutte d’eau à laquelle on ajoute une parcelle de sang coagulé et bien débarrassé de son sérum, on voit bientôt se former dans le liquide des cristaux réguliers, variables de forme et de solubilité, suivant les diverses espèces d’animaux. On ne connaît pas encore la nature de ces cristaux.
On ne trouve l’hématine (hématosine) que dans le sang des animaux supérieurs. Pour l’en extraire, on mélange le sang défibriné par le battage avec six fois son volume d’une dissolution de sulfate de soude qui permet de séparer facilement par filtration le sérum des globules; ceuxci restent alors sur le filtre sous forme de masse gélatineuse. On lave cette masse avec du sulfate de soude, et on traite ensuite par un mélange d’alcool et d’acide sulfurique, qui dissout l’hématine et coagule la globuline. Celte dissolution, saturée par l’ammoniaque, évaporée et reprise par l’eau, l’alcool, l’éther, donne l’hématine sous forme de masse noire, inodore, soluble dans l’alcool contenant un acide ou un alcali. L’hématine se dissout dans les alcalis et donne une dissolution rouge foncé. Brûlée à Pair, elle laisse 10 pour 100 de son poids d’oxyde de fer; on ignore l’état de ce métal dans le sang, et il ne paraît pas que l’hémaline lui doive sa coloration, puisque l’acide sulfurique concentré peut lui enlever tout son fer sans changer notablement sa couleur.