TANNAGE DES PEAUX
1396. La peau des animaux ne peut se conserver à l’air humide, mais i lorsqu’elle a été imprégnée de tannin, elle devient imputrescible, ‘souple, 1 imperméable, très-résistante.
Elle prend alors le nom de cuir. La matière qui fournit le tannin dans ) ces opérations est l’écorce pulvérisée du chêne à crochet; on le connaît \ sous le nom de tan.
Pour tanner les peaux, on commence d’abord par les faire macérer ! dans l’eau pendant quelques jours, afin de leur enlever le sang et d’autres principes solubles dont elles sont imprégnées. Celte opération dure plus longtemps pour les peaux sèches qui viennent de Buenos-Ayres, ou les peaux salées de Bahia ; celles-ci sont soumises à plusieurs lavages qui leur rendent toute leur souplesse.
On fait ensuite passer les peaux dans des cuves contenant un lait de «baux ou mieux de la soude caustique; il devient facile, après cette opération (pelanage), d’enlever tous les poils et les lambeaux de chair adhérents au cuir. On racle d’abord la peau avec un couteau émoussé pour enlever les poils, on enlève les lambeaux de chair, et on la frotte avec un morceau de grès dur pour détruire les aspérités de la peau du côté des poils, et on la nettoie des deux côtés au moyen d’un couteau tranchant. La peau ainsi préparée est plongée dans des liqueurs acides (ju-
sée) obtenues avec les infusions de tannin épuisées dans lesquelles s’est produit une certaine quantité d’acide lactique, où elle se gonfle et devient propre à recevoir le tannin. On porte les peaux d’abord dans une infusion faible de tan où le tannage commence, puis dans de grandes fosses en maçonnerie imperméable, dont le fond est recouvert de tan. On y dispose les peaux par lits, que l’on sépare par des couches de tan, et l’on fait arriver dans la cuve ainsi remplie de l’eau déjà chargée de tan pour humecter toute la masse. Les peaux séjournent sept ou huit mois
^24 CHIMIE ORGANIQUE. j
dans la fosse et ne sont relevées qu’une seule fois pour renom eler le tan.
On fabrique de cette manière tous les cuirs mous, c est-à-dire tous ceux qui doivent posséder beaucoup de souplesse, avec les peaux de vaches, de veaux, de chevaux. Mais peur les cuirs durs, que 1 on prépare avec la peau de bœuf ou de buffle, il faut remplacer le pelanage par une légère fermentation putride; on peut alors épiler la peau. On les gonfle ensuite dans la jiisée, à laquelle on ajoute un peu d’acide sulfurique, et unies tanne dans les fosses comme les cuirs mous; seulement l’opéra- ^
lion dure de dix-huit mois à deux ans. -il
Quand les cuirs sont. tannés, on les nettoie et on les sèche; puis on es
soumet à un martelage ou à un laminage, pour leur donner le degré de consistance convenable. Ils sont livrés au corroyeur, qui les impiègne de matières grasses ou qui leur fait subir diverses opérations, suivant les
usages auxquels on les destine.
Le maroquin se fabrique avec des peaux de chèvres ou de moutons, ■ que l’on tanne au sumac. On le teint en rouge avec de la cochenille, au moyen d’un mordant d’étain, ou en noir par une dissolution de fer dans de la bière aigrie. Le chamoiseur et le mégissier n’emploient pas de
peaux tannées. ^ .
Les peaux de chamois, de daims, de chèvres, qui servent à la fabiica-
lion des gants sont seulement imprégnées d’huile de poisson frais et passées dans une lessive faible qui enlève l’excès de corps gras, en donnant un savon nommé dégras, qu’on emploie dans le corroyage, pourgraisseï
les cuirs.
Le mégissier rend imputrescibles les peaux de moutons et de chevreaux en les plongeant dans une dissolution d’alun et de sel maiin; il blanchit les peaux alumiuées en les passant dans un bain composé de farine, de jaune d’œuf et de la dissolution des sels précédents.