‹ Cours graduel et complet de chinois parlé et écritChapitre 10 sur 278 · XVJ AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

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efficace de cette dangereuse rivalité est la ligne de bateaux à vapeur qui va directement de Hambourg à Chang-Haï.

Les Américains, à leur tour, ni moins entreprenants, ni certes moins habiles, multiplient sans trêve leurs relations de voisinage à travers les eaux du Pacifique, et s'insinuent d'autant mieux dans les habitudes des populations du littoral chinois que seuls, par leur attitude, ils ont su les convaincre qu'ils n'avaient point la pensée de les dominer jamais. Aussi les émigrants chinois^ quelque dur et inique que soit le traitement qui leur est infligé en Californie, ne cessent d'y affluer et d'enrichir, par leur travail, cette terre si peu hospitalière à leur race. Ils se sont même établis dans quelques États de l'Atlantique, notamment dans le Massachussets, où leur conduite et leur industrie font l'admiration de tout esprit juste et impartial. Il y a plus ; les écoles des États-Unis contiennent déjà plusieurs dizaines de jeunes Chinois qui y ont été envoyés et y sont entretenus par leur pays. D'un autre côté, des maisons américaines, fondées dans les ports de la Chine^ sont encore actuellement les seules qu alimentent les capitaux et la coopération spontanée des indigènes.

Voilà donc la Chine arrachée à son prétendu sommeil de plusieurs siècles et entraînée, nolens volens, dans le courant de la politique des peuples qui, comme les Anglo- Saxons et les Slaves, semblent à peine arrivés à l'âge viril, tant leurs facultés pour le travail, la lutte et les conquêtes paraissent ardentes et vigoureuses I Dans cette situation, — et rien en ce moment ne saurait plus arrêter la marche des choses, — est-il admissible qu'un grand et noble

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pays comme la France puisse se désintéresser des affaires de la Chine, ou ne s'en occuper qu'à son corps défendant? Tendance funeste contre laquelle on ne saurait trop s'élever!

Ceux, il est vrai, qui, à leur insu peut-être, en sont les inspirateurs nient qu'elle soit réelle. A les entendre, a il est d'abord douteux que la France ait des intérêts a quelconques dans lextrême Orient, » « mais supposé (L qu'elle en ait, eh bien ! elle y veille de la seule manière a qui convienne. » Comme ces intérêts ne peuvent être qu'exclusivement commerciaux, il n'est besoin d'aucune influence pour les protéger; il faut au contraire s'interdire toute influence isolée. Il suffit en effet d'entrer dans un concert de toutes les puissances pour participer également à tous les avantages que cette action cornmune, que cette coopération, obtient et assure. Voilà la théorie. Elle est la digne sœur de ces belles doctrines cosmopolites et humanitaires qui nous ont déjà fait tant de bien! Le mal, c'est que cette théorie, fût-elle vraie comme appréciation de l'état réel des choses, n'en serait pas moins fausse comme moyen d'atteindre le but, plus que modeste, qu'on se propose si naïvement. Où a-t-on vu des associés accorder à l'un d'entre eux une part égale dans les avantages conquis en commun, s'il n'a apporté à l'association ni capitaux, ni crédit, ni intelligence, ni activité, — en un mot, aucune influence personnelle?

Encore faudrait-il, ce nous semble, que l'application de cette fameuse théorie fût matériellement possible. L'est-elle ? Ne sommes-nous pas, même en Chine et dans les pays limitrophes, engagés par notre passé? Sommes-

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nous libres, en un mot, d'y adopter telle ligne de conduite qu'il nous plaira?

Que M. de Lagrené ait eu raison ou tort de manifester la sollicitude, désintéressée sans doute mais officielle, de la France pour les catholiques chinois, cet acte, corroboré par des traités, s'est changé par là en un droit qui implique un devoir. Chacun indubitablement peut négliger ses droits et oublier ses devoirs; mais nous savons tous ce que coûtent, tôt ou tard, cette négligence et cet oubli. Les faits, d'ailleurs, qui appartiennent à l'histoire et se sont comme incarnés dans une tradition, échappent à toute réglementation et ^'élèvent bien au-dessus de toute profession de foi contraire. Est-ce que le traité de Paris a changé quoi que ce soit à la position de la Russie à l'égard des chrétiens d'Orient du rite grec? D'un autre côté, par une contradiction plus apparente que réelle, combien de nations prospèrent et grandissent qui, pour une cause quelconque, semblent avoir renié leurs traditions et leur passé ?

Que le général de Montauban ait eu raison ou tort d'occuper, de concert avec son collègue anglais, la ville de Pékin et d'y relever, à l'ombre du drapeau de la France, la croix qui gisait abattue depuis si longtemps, il est très-possible que cet acte, dont on parlera toujours comme d une des plus étonnantes étapes dans la marche du monde, ne nous procure en définitive que des soucis; à qui en serait la faute ? Est-ce qu'on peut se justifier d'avoir dédaigné le fruit de son labeur? Et puis, est-il au monde une seule idée, grande et noble, dont la conception et la mise en œuvre n'aient valu que des satisfactions à ceux qui l'ont conçue ou appliquée ? Quelle

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