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qu'ils traitent volontiers de barbares. Que de choses il y aurait à dire à ce sujet! Il faut d'abord établir une grande distinction entre les populations de Tintérieur, honnêtes, simples, dignes, polies, et les Chinois des ports ouverts au commerce étranger. Consultons, sur ce points deux témoignages qui, émanant de consuls anglais, ne sauraient être soupçonnés de partialité pour les Chinois. « Pour apprécier, en toute justice, le caractère des Chi- « nois, » dit M. A. S. Harvey, dans son rapport commercial (i), « il faut faire une remarque au sujet de la « mauvaise impression que produira nécessairement le « brigandage dont il sera parlé plus loin. On s'attendait, « depuis longtemps, que Tusine à vapeur des étrangers « aurait un grand succès, et que, par conséquent, plu- « sieurs fabriques indigènes feraient faillite, privant ainsi « de travail et de salaire des milliers d'ouvriers. Cepen- « dant, durant la construction de Tusine, et, plus tard, « tandis qu'on embarquait, avec toutes les apparences « de la réussite, le résidu des fèves en gros pains et « l'huile qui en avait été extraite, on ne vit dans la popu- « lation indigène aucun indice de mauvais vouloir envers « les étrangers. Nulle foule d'ouvriers en fureur ne dé- « nonça les machines comme une œuvre de malédiction « et ne réclama à grands cris le droit au travail. Pas un « mot ne fiit prononcé contre la faculté qu'avaient les « étrangers d'anéantir, par la supériorité de leurs engins a industriels, les seuls moyens d'existence de toute cette « population. Et qu'on ne s'y trompe pas : ce n'était ni « par apathie, ni par ignorance, ni par couardise. C'était
(i) Année 1873, p. 72.
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« seulement que le peuple chinois aime Tordre et la paix, « et que, dans des circonstances ordinaires, il est essen- « tiellement calme et bien disposé. »
Comme contraste, écoutons Tautre témoignage. « Les « étrangers qui ont parcouru dernièrement le Chann- « tong, » dit M. W. M. Cooper, consul britannique à Tché-fou, dans son rapport en date du 28 février 1874, « parlent hautement de la politesse et de la confiance qui « paraissent grandir chez les populations de cette pro- « vince, et j'ai pu constater moi-même leur bienveillance. « Je ne connais que deux exceptions à cet égard. Aux « eaux thermales de Aishann, il y a quelques années, « un Anglais ayant, par bravade, jeté dans le bain public « un chien galeux, la population en a été tellement ré- « voltée qu'elle s'est refusée jusqu'à ce jour non-seule- « ment à recevoir, mais même à saluer quelque étranger « que ce soit, etc.^ etc., etc. »
La vérité, c'est que le contact des Chinois du littoral avec nous et avec notre civilisation n'a pas été pour les améliorer. Est-ce à nous de nous plaindre? Est-il d'ailleurs beaucoup d'étrangers qui aient franchement et sérieusement cherché à se faire bien venir des habitants du Céleste Empire et à pénétrer convenablement dans leur société telle qu'elle est? Car il est insensé de s'attendre à voir les Chinois changer leurs idées, leurs mœurs et leurs institutions, héritage d une longue suite de siècles, uniquement pour nous plaire. Ce ne sont pas eux qui viennent chez nous; tandis que nous, ce qui nous pousse chez eux, c'est notre seul intérêt; et le plus souvent, nous n'admettons ni obstacles, ni délais; nous voulons être satisfaits sur l'heure et quand même.
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Certes, les Chinois se croient, à tort où à raison, bien supérieurs aux étrangers, et il est naturel que cette prétention nous offusque. Mais les Anglais, avec qui cependant nous avons maintenant, grâce à Dieu, de si bonnes et de si fréquentes relations de toute sorte, n'ont-ils pas précisément le même défaut national? Quel Anglais, dans son for intérieur, ne se regarde, en tant qu'Anglais,
comme le fils aîné du bon Dieu?
Sans doute, on a peine à ne pas croire à la haine des Chinois contre les étrangers^ en se rappelant les assassinats commis dans les provinces sur nos infatigables et vaillants missionnaires, les meurtres isolés qui ont fréquemment lieu sur la côte, et surtout Tépouvantable tuerie de Tienn-tsinn. Il serait injuste pour la mémoire des victimes, — ces martyrs de leur foi et de leur dévouement aux intérêts mêmes de leurs bourreaux , — il serait faux au point de vue de Thistoire, il serait enfin d'une politique imprudente de nier cette haine, ou du moins d en contester les explosions accidentelles; mais un fait tout aussi peu contestable, c'est que jamais ces tragédies n'ont eu lieu spontanément. Le vrai peuple n'y a pas eu non plus la moindre part. A l'exception des Fokiennois et des Cantonnais, les Chinois sont plutôt doux, paisibles, inoffensifs, bons enfants. Ils ont un sentiment très-vif de la justice, de l'équité et de la dignité humaine.
Dans ces assassinats et ces massacres, dont on se fait une arme contre la nation tout entière, ce sont, comme toujours, les innocents qui paient pour les coupables. N'est-ce pas, d'ailleurs, encourager le retour de ces tragédies que de n'en pas rechercher et punir quand même les véritables auteurs, ceux qui les ont conçus, organisés
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et si souvent, hélas I franchement ordonnés ? Comment couper court à ces assassinats, presque toujours, bien qu'en secret, revêtus plus ou moins de formes judiciaires, si Ton a la naïveté, pour ne pas dire pis, de se contenter d'une indemnité pécuniaire, ou deTexécution de quelques misérables, déjà condamnés à mort pour d'autres crimes ? Ajoutons que, souvent aussi, ces meurtres peuvent malheureusement, jusqu'à un certain point, réclamer le bénéfice des circonstances atténuantes. Pour n avoir pas . le caractère de férocité propre aux représailles, les provocations n'en finissent pas moins par atteindre à tout ce qu'un peuple, qui n'est point tombé au dernier degré du vasselage, doit considérer comme un inviolable sanctuaire. Se conduire en tout et par tout en conquérant, ne réussit, en définitive, à personne et nulle part. Dans les relations internationales tout se paye, aujourd'hui ou demain, les commissions comme les omissions. Souvent même, les simples maladresses, ou la dédaigneuse indifférence, sont encore plus dangereuses que les actes qui, au premier abord, paraissent le plus répréhensibles, mais qui ont été accomplis avec vigueur et surtout à propos.
Nous avions, certes, le motif le plus juste et le plus légal pour notre guerre contre la Chine dans le meurtre juridique de l'abbé Chapdelaine, commis en violation de notre traité. Ce qui aggrava encore le grief, cefutTinsolente réponse faite à notre chargé d'affaires, M. le marquis de Courcy, par Yé-minn-tchenn, vice-roi, gouverneur général des deux Kouang et ministre, à cette époque, des affaires étrangères. Mais il faut se rappeler aussi quelle outrageante conduite les étrangers venaient de tenir en Chine, à l'égard de la formidable insurrection des Taï-p'îng. Ne