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commis, voyageur, savant, missionnaire, même agent oflSciel, sans distinction de nationalité, se présentait chez eux, muni de quelque bonne lettre de recommandation. On leur doit en outre beaucoup d'excellents ouvrages publiés en Chine sur ce curAix pays; et quiconque y a vécu, il y a seulement quinze ans, ne saurait avoir oublié les noms, aimés et universellement estimés, des James et Alexander Matheson, Lancelot et Wilkinson Dent, Paul Forbes, T. C. Beale, David et Joseph Jardine, James Whittall, — pour ne mentionner que ceux-là.
Le mauvais côté de cette situation, c'est que la Chine restait à peu près fermée comme par le passé, et que son gouvernement tenait trop facilement dans sa main, et à son profit exclusif, tous les fils de cette vaste association commerciale, L'Angleterre et les États-Unis s'y trouvant représentés par de très-riches et très-puissantes maisons, le mal pour eux était tolérable. Mais les autres nations de l'Europe, et particulièrement la France, ne pouvaient évidemment, dans de telles conditions, avoir Tespérance de fonder rien de sérieux en Chine. Anglais même ou Américain, on n'arrivait à y faire fortune, que si l'on était employé ou patroné par l'une de ces toutes-puissantes maisons.
Il est à peine besoin d'ajouter qu'avec un tel état de choses, les négociants et les simples particuliers pouvaient presque se dispenser d'étudier sérieusement la Chine, et surtout son idiome. Cinq cents mots, mélange barbare d'anglais, de portugais, de cantonnais et de malais, composaient tout le vocabulaire d'une prétendue langue d'af» faires que l'on nommait pidgeonne-inglisch. Quoi qu'il
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en soit, elle suffisait à tout le monde. Ceux qui la parlaient le mieux, les linguistes, les compradores (pourvoyeurs et intendants de maisons) et les boys (domestiques), tous cantonnais, étaient en réalité les seuls intermédiaires de toutes les transactions. Leur intérêt les poussait donc à s'opposer à tout rapprochement un pai intime entre les Chinois et les étrangers.
Telle est la situation que les derniers traités ont changée tout à fait, en hnprimant au commerce étranger, dans TExtrême Orient, un caractère essentiellement démocratique.
Dans tous les ports chinois dont l'ouverture venait d'être proclamée, mais surtout à Chang-Haï qui devint le centre de tout ce mouvement, on vit aussitôt des banques européennes se fonder par actions. Obligées, par leur origine, de faire valoir, coûte que coûte, les espèces dont elles disposent, ces banques prêtent à tous ceux qui leur ofifrent un gage. Or, les marchandises chinoises d'exportation peuvent servir de gage, lorsqu'elles ont été achetées au comptant ou à crédit^ et que le chargement sur un navire, ou le dépôt dans un magasin, en a été constaté par un connaissement. Les banques en Chine prêtent sur ces marchandises jusqu'aux deux tiers de la valeur qu'elles sont censées représenter. On se figure aisément la redoutable concurrence que peuvent se faire par ce moyen les acheteurs-emprunteurs, le renchérissement des thés et des soies qui en est la suite, l'encombrement causé par ces produits sur les marchés de l'Europe et des États-Unis, et les mécomptes qui en résultent pour les marchands trop aventureux ou trop pressés. Néanmoins, au Japon comme en Chine, commerce maintenant qui
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veut, où il veut^ et avec qui il veut. Il est vrai que les traités désignent encore les ports en dehors desquels il n'est pas légal de commercer. Mais^ outre que ces centres de négoce sont éparpillés sur toute la côte chinoise, depuis Haï-nann, tout près de la Cochinchine, jusqu'à la frontière de la Corée, les étrangers ont maintenant la faculté de naviguer sur des fleuves tels que le Tchoukiangy le Minn, le Yang-tseu, le Peï-ho, et peuvent même, avec un passeport, pénétrer dans Tintérieur de toute la Chine. Comment donc admettre qu'il reste encore un monopole contre lequel il faille lutter ?
Ce n'est pas à dire que cette transformation, trop brusque peut-être, du commerce étranger dans l'Extrême Orient ne lui ait, depuis 1860, rapporté que des bénéfices. En général, tout ce qui est nouveau attire et enivre, et c'est à en user prudemment qu'il faut mettre toute son attention, si Ton veut éviter les déboires. Toutefois, quoique cette métamorphose en ait amené de nombreux, il n'est pas moins vrai qu'aujourd'hui, moyennant certaines conditions essentielles, et soit qu'on veuille examiner la situation au point de vue des fortunes individuelles, soit qu'on s'arrête à la considérer par rapport aux grands intérêts respectifs des différentes nations, il y a pour chacun plus de chances de réussite. Certes, beaucoup de victimes ont jonché et jonchent encore le champ commercial, parce que, sans compter d'autres causes moins matérielles^ trop de négociants, grands et petits, l'obstruaient et l'encombrent encore, et qu'il y a eu trop de capital engagé pour un ensemble d'affaires qui n'en comportait pas autant. Un grand résultat a cependant été obtenu. On a pénétré, coûte que coûte,