‹ Cours graduel et complet de chinois parlé et écritChapitre 24 sur 278 · IXX AVANT PROPOS · texte numérisé non relu

IXX AVANT PROPOS

est cependant utile d'affirmer, dès à présent, que ce sont surtout les populations elles-mêmes, les Hounanais en particulier, groupés autour de leur compatriote Tseng- Kouô'fann, qui, les premières, ont enrayé la marche jusqu'alors irrésistible des Taï-p'ïng; comme c'est au sangfroid, au courage des deux impératrices régentes, au patriotisme et à Thabileté hors ligne du prince Kong et du dignitaire Ouenn (Siang), que revient le grand honneur d'avoir permis à la Chine d'échapper à peu près saine et sauve aux flots destructeurs qui s'étaient déchaînés sur elle durant le règne de Chienn-Feung.

C'est que la Chine, — on ne saurait trop le dire — est une nation dans toute l'énergie du mot ; et ses hommes d'état ont beaucoup plus de valeur qu'on ne l'admet généralement en Europe. Sans doute, la Chine a deux fois été conquise par des tribus qui, sous bien des rapports, lui étaient presque entièrement étrangères; mais il est de notoriété historique que cette double conquête fut beaucoup plus apparente que réelle, et c'est plutôt la Chine qui s'est assimilé d'abord les Mongols de Koublai-k' ann et plus tard les Tatars Mantchoux.

Aujourd'hui, la mort du jeune empereur qui a régné quatorze ans sous le nom de Tong-tché menace d'ouvrir, pour la Chine, une nouvelle ère de difficultés et de complications. Il y a même lieu de se demander si la nouvelle minorité qui commence (i) ne donnera pas lieu à quelque anarchie, d'autant plus dangereuse que le trône même peut en devenir l'enjeu. On aurait tort, cependant, de trop le

(i) C'est un enfant de quatre ans, autre neveu du prince Kong, qui règne actuellement sous le nom de Kouang-siu^ continuation (reyerdissement) de gloire.

AVANT-PROPOS* Ixxj

craindre ou d'y trop compter. Ceux qui ne cessent de prédire la chute prochaine de ce colosse, et qui, au moment même où ils se préparent à négocier avec ses ministres, vont jusqu'à se partager sa dépouille dans un livre signé de leur nom y prouvent par leur langage qu'ils n'ont jamais sérieusement étudié ce pays. Supposons cependant et admettons^ par impossible, que ces prédictions si charitables arrivent à se réaliser, que là, comme ailleurs, des compétitions viennent à surgir, que Tanarchie s'établisse, que les appétits du dedans et du dehors se déclarent et cherchent, dans la destruction du pays, la réussite de leurs visées, — n'est-ce pas un motif de plus, pour toute grande puissance de l'Europe et de l'Amérique, d'avoir, en Chine, des agents spécialement formés pour l'extrême Orient, à la fois dévoués et sûrs, connaissant le pays, parce qu'ils en connaissent pratiquement la langue, et pouvant parler et agir dans le milieu chinois, en dehors de tout secours étranger ou indigène (i)?

Encore une fois, tel est le problème dont la solution a été cherchée par l'auteur de cet ouvrage. Il est possible qu'il ne l'atteigne pas du premier effort; car il ne peut se dissimuler qu'elle est très-ardue. Mais les résultats satisfaisants du cours qu'il dirige depuis trois années, l'autorisent déjà peut-être à bien augurer de l'avenir. C'est dans cet espoir qu'il a mis la main à son livre, dont il

(i) « A rétranger, il y a des journaux. Ceux-là enregistrent avec soin « tout ce qui concerne n'importe quelle nation, et nous avons la faculté de « les avoir. Et puis, comme les barbares ne peuvent se passer de nos gens •« dans V interprétation^ Siu et Yé trouvent le moyen d obtenir en secret de « leurs employés chinois tous les détails d affaires, à la fin de chaque mois,»

Extrait d'une conversation entre Tempereur Chienn-feung et le dignitaire ^i, grand juge de Canton (p. 235 du recueil anglais, cité précédemment : Cor* respondence relative to the Earl ofElgin's mission to China, 1857-1059).

Ixxij AVANT-PROPOS.

donne aujourd'hui le premier volume, et dont les autres parties seront publiées aussi rapidement que le permettront les nombreuses difficultés de l'entreprise.

Assurément, ce ne sera même pas l'humble base d'une des nombreuses colonnes qu'il s'agit de remettre debout, pour reconstruire l'édifice écroulé. Ce sera du moins une des pierres sans lesquelles, quoi qu on fasse, la réédification ne saurait être bien assise et solide. Le seul mérite de Tauteur, — si l'on veut lui en reconnaître un, — ce sera d'avoir apporté cette pierre sur le chantier de la reconstruction nationale, avec autant de respect et de dévouement que l'exigent la sainteté et la grandeur de l'œuvre.

Dinard, ce 17 octobre 1875.

Page 1