CLEF DE LA PARTIE CHINOISE DU PRÉSENT VOLUME
Le texte chinois des dou:{e chapitres de phrases, dont se compose ce volume, consiste dans 107 tableaux placés en regard et à droite de la traduction. Le premier ne donne que de simples traits et n'a, pour lui faire face, que le caractère^on^g-, étemel, qui est censé les réunir et résumer tous. A chacun des 106 autres tableaux répond une double traduction placée sur la page de gauche.
Tout tableau chinois complet contient 49 signes ou caractères dont les significations en français, — mais abstraites, — se trouvent sur la page de gauche, sous la rubrique de Traduction littérale.
Ces significations sont séparées les unes des autres par le signe typographique ( — ) qu'on appelle moins. Ainsi , pour savoir quel est le sens abstrait, autrement dit primordial, d'un caractère chinois, on n'a qu'à compter quelle place d'ordre il occupe dans les 49 signes chinois de droite, et on le trouvera exactement à la même place parmi les significations abstraites, sur la page de gauche, sous la rubrique de Traduction littérale.
Les tableaux qui, donnant la fin ou le commencement d'un chapitre, se trouvent par suite avoir moins de 49 caractères, ont moins aussi de significations abstraites en français ; le nombre de celles-ci sur la page de gauche, correspondant toujours exactement au nombre des caractères chinois sur la page de droite.
Les caractères chinois de chaque tableau forment des phrases d'inégale longueur, dont le nombre, par tableau, ne peut être rîgoureusementdéterminé; tel tableau en contenant plus, et tel
autre moins. Les phrases se suivent sans aucune séparation apparente. Elles ne sont séparées les unes des autres que par des astérisques, en forme de cercle, dont la circonférence seule est en noir, et qui sont placés au bas et à la droite du caractère final. Placées au bas et à la droite des caractères, les virgules séparent, comme chez nous, les membres de phrase.
Ces astérisques circulaires et par suite les virgules, répondent exactement aux chiffres d'ordre de chacune des phrases traduites, qui se trouvent sur la page de gauche. D'un côté comme de l'autre, le nombre de phrases est le même. Il va de soi que les phrases françaises, placées sous la rubrique de Traduction littérale^ n'ont pas plus de significations abstraites, que la phrase chinoise n'a de caractères. Ainsi, la première phrase chinoise du tableau de la page 2, ne se composant que de trois caractères, la phrase n. i, de la traduction littérale ne compte également que trois significations abstraites, séparées par deux moins ( — ), et terminées par un point. C'est ainsi encore que la deuxième phrase chinoise à droite ayant quatre caractères, sa traduction littérale à gauche y n* 2, n'a que quatre significations abstraites, séparées les unes des autres par trois moins ( — ) et terminées par un point. Quand un tableau finit par le début d'une phrase, — comme on en voit un exemple à la page 2, où le commencement de la phrase se réduit à un seul caraaère, placé tout à fait au bas de la septième colonne, en allant de droite à gauche, et correspondant au n* 1 5 de la page qui est à gauche, — la phrase interrompue se poursuit dans le tableau suivant, sans y recevoir aucun numéro; et c'est la phrase ultérieure, à partir du premier astérisque circulaire, qui, dans ce nouveau tableau, porte le n* i .
Quant aux traductions littérale et usuelle (française), placées . l'une à côté de l'autre, sur la page de gauche, il est évident que les n"* i et 2 de la Traduction usuelle sont la traduction exacte, en bon français, des trois et quatre significations abstraites que donnent les n~ i et 2 de la Traduction littérale. De cette façon, les numéros de la Traduction usuelle (française), correspondent aux numéros de la Traduction littérale, comme ceux-ci aux astérisques ou points qui séparent les phrases du tableau chinois,
CLEF DE LA PARTIE CHINOISE. qS
et comme le nombre des significations abstraites et isolées correspond au nombre des caractères chinois de chaque tableau. Les virgules de chacune de ces trois divisions correspondent en outre les unes aux autres dans le même ordre d'idées, la phrase française étant absolument ponctuée comme la phrase chinoise.
La prononciation de chaque caractère étant indiquée avec des lettres françaises et placée immédiatement au-dessous du signe auquel elle se rapporte, il suffit de rappeler que chaque caractère chinois doit, par conséquent, se prononcer à la française, le plus naturellement du monde, sauf la nécessité absolue d'observer l'aspiration qui est indiquée par une apostrophe, placée au point précis où cette aspiration doit se faire sentir, sauf en outre le soin qu'il faut prendre de prononcer chaque mot,*toujours et quand même, comme une seule et unique syllabe.
Les lignes perpendiculaires, en rouge, en guise d'accolades, placées à la droite de deux, de trois ou de quatre caractères, indiquent que, dans cet endroit et momentanément, ces deux, trois ou quatre caractères se réunissent pour constituer un seul mot, à notre point de vue français. Quand l'extrémité d'une de ces lignes perpendiculaires touche à la partie inférieure du cadre qui contient chaque tableau, et qu'à la colonne suivante une autre de ces lignes atteint la partie supérieure de ce même cadre, c'est que le dernier caractère chinois de la colonne précédente et le premier de la colonne qui succède immédiatement à celle-ci, sont dans le même rapport, l'un envers l'autre, que les deux, trois ou quatre caractères dont nous avons parlé tout à l'heure. Les chiffres, en rouge, qu'on trouvera aussi dans les tableaux, à la droite ou au bas d'un caractère, ou entre deux caractères, renvoient à des notes qui, marquées d'un chiffre noir correspondant au chiffre rouge, sont placées au bas de chaque tableau et se continuent parfois au bas de la page de gauche, voire, — faute de place, — au bas du tableau suivant.
L'objet principal que l'on a eu en vue dans le système qui vient d'être exposé, c'est de fournir aux élèves le moyen d'arriver
par eux-mêmes à surprendre les secrets de grammaire et de syntaxe, s^il y en a, de la langue chinoise. Us y arriveront facilement en comparant avec soin et avec suite, les significations abstraites ou isolées des caractères chinois avec les sens relatifs qu'ils acquièrent, lorsqu'ils sont placés les uns après les autres pour former des membres de phrases ou des phrases entières. C'est le but des deux traduaions, littérale et usuelle (française), placées en regard Tune de l'autre.
Il y a encore une autre remarque à faire ici. Il arrive constamment qu'une seule et même expression, composée de signes parfaitement identiques, quel que soit d'ailleurs le nombre des caractères dont elle est formée, peut signifier blanc sur une page et noir sur une autre. Cette contradiction apparente dépend souvent du sens général de la phrase tout entière, ou de la différence des styles, — ordinaire, épistolaire, recherché ou trèsélevé. Këng, par exemple, dont le sens primordial est davantage, peut se traduire par notre plus ou par notre moins; selon le sens du mot qui le précède ou qui le suit. Siéou-haÔ signifie, lorsqu'on parle, réparer^ raccommoder ou suppléer. Dans les écrits ou dans les livres, il signifie le plus souvent fomenter V amitié on faire fleurir le bien. L'expression 7o«^-Si indique, dans le style familier, une chose, un objet quelconque qu'on peut avoir sous la main, à gauche ou à droite de soi ; dans le style élevé, il veut dire presque toujours VOrient et l'Occident ; parfois la civilisation et la barbarie. Le terme KiacMng'fâ, — appliquer des lois pénales, — infliger un châtiment, — devient, dans le langage des sbires et desgeôliers, mettre à la torture. Or, le présent volume ne contenant que des phrases empruntées à la langue la plus usuelle, ne donne le sens des expressions qui les forment que dans leur acception la plus commune.
Quant à la prononciation observée dans ce volume, elle peut présenter quelques différences avec la prononciation des dialogues que contiendra notre deuxième volume. C'est que les phrases du premier volume,bien qu'appartenant à la langue la plus ordinaire.
peuvent, à la rigueur, presque aussi bien s'écrire que se parler, tandis que les dialogues sont faits uniquement et exclusivement en vue de la conversation. Ainsi, dire ou parler, se lit chô et se dit chouô. Labourer, se lit këng et se dit king. Menacer, se lit hô et se dit chia.
Il en est de même des idées ou des observations sur la Chine et les Chinois, qui sont émises dans les Notes du présent volume. On pourra trouver parfois qu'elles ne cadrent pas tout à fait avec celles qu'on aura puisées ailleurs et même dans les monuments littéraires chinois. Cette différence s'explique par ce dicton qui est familier en Chine, — c'est la loi y ce n'est pas l'usage. Les renseignements donnés dans les Notes ont pour but de faire connaître la Chine et les Chinois comme ils sont et non comme ils devraient être d'après leurs Livres Canoniques et leurs lois écrites ; — de les montrer, en un mot, en déshabillé et non dans leurs costumes d'apparat.
Est-ce à dire que ce volume ne contienne point d'erreurs, peutêtre même beaucoup d'erreurs? Qu'on veuille bien se rappeler ce que nous avons dit dans V Avant-Propos. Ce livre, et particulièlement ce premier volume, était une œuvre de la plus urgente nécessité. Il fallait donc se hâter, et lorsqu'on est pressé, il est bien rare que la qualité du travail ne s'en trouve pas atteinte. En toute chose, outre les aptitudes spéciales, il faut de l'expérience. Il faut, comme on dit, se faire la main; et ce n'est que peu à peu qu'on arrive à réaliser ce qu'on désire, s'il est donné à l'homme d'y arriver jamais. Quoi qu'il en soit, si le premier volume laisse encore beaucoup à désirer, les autres, je l'espère, seront plus satisfaisants. Il ne serait ni juste ni équitable de juger de l'ensemble d'un ouvrage par celle de ses parties, qui, sous quelques rapports, est la moins importante.
Étant donné d'ailleurs que le principal sinon le seul but de notre enseignement, est déformer de jeunes agents, officiels ou commerciaux, diplomatiques ou consulaires, en leur apprenant à parler, à lire et à écrire le chinois tel qu'ion en a besoin pour les affaires, nous avons tout lieu de croire que la méthode résumée dans le présent livre n'est pas sans efficacité; car, au vu et au su des
personnes qui ont bien voulu nous faire Thonneur d'assister aux examens de notre cours à TÉcole, au mois de juillet 1875, plusieurs de nos élèves, et notamment M. de Bielke, qui vient de partir pour la Chine, ont appris à parler couramment le chinois et à traduire, tout seuls et sans dictionnaire, des dépêches relativement faciles. On voudra bien admettre qu'un tel résultat, obtenu au bout de trois années d'études à Paris, n'est pas à dédaigner. C'est du reste la première fois, ce nous semble, qu'il est atteint. Rien peut-être ne nous autorise à nous en prévaloir, et nous nous empressons de constater nous-même que la présence, à notre École, d'un répétiteur indigène^ aussi distingué et aussi dévoué que notre excellent Lettré Liéou, — bien qu'il ne sache pas un mot de français, — peut et doit y être pour beaucoup. Néanmoins, ne serait-ce que dans l'intérêt de TEcole et des élèves, il importe de constater cet imponant résultat.
Les succès des uns applaniront les difficultés des autres. Avec l'élévation du niveau des études grandira aussi le mérite des candidats aux postes officiels de l'extrême Orient; et les rapports de la France avec ces lointaines contrées deviendront forcément plus faciles, plus étendus et, espérons-le, plus profitables à tous. Ce sera une vraie récompense pour les peines de tout genre que l'exécution de l'œuvre dont nous présentons ici le premier volume aura nécessairement coûtées.
FIN