AVANT-PROPOS. V
nouer des relations. Si un philosophe chinois a dit, avant Socrate, que, pour connaître les autres, il faut se connaître soi-même, c'est avec la pensée que la connaissance de soi rend plus sûre la connaissance d autrui.
Considérez comment, dans une bourgade ou dans une ville, se comporte une famille qui, étroitement unie et bien gouvernée, prospère et grandit aux applaudissements de celles-là même dont elle est nécessairement la rivale, quand elles n'ont pas su s'en faire une alliée. Comme elle ménage ses voisins et s'efforce de conquérir leur amitié ! Et, en même temps, avec quel soin elle les étudie! Rien ne lui échappe de ce qui les concerne, ni leurs idées, ni leurs habitudes, ni leurs intérêts, ni leurs moyens, ni leurs préjugés, ni leurs passions. Et puis, comme elle élargit la sphère de son action partout où elle le peut! Rien ne la rebute^ ni les diflficultés, ni la distance. Que de fois, en effet, un succès obtenu au loin en prépare ou en consolide un autre, tout près de nous ! Que de fois la vigueur des branches qui, par leurs extrémités, étendent chaque jour le cercle de rdmbre autour d'un chêne, rend le tronc plus solide et fait pénétrer les racines mêmes plus avant dans le sol!
Ce que fait en petit une famille, TÉtat doit le faire en grand, et malheur à lui, tôt ou tard, s'il ne le fait pas, ou s'il le fait mal, car il périra indubitablement.
Mais cette œuvre de toutes les heures doit être le résultat d'un plan longuement médité. Ce plan, à son tour, doit se transmettre de génération en génération et s'exécuter non par accès, mais par une marche constante et régulière ; il doit être poursuivi avec goût, avec ténacité.