‹ Cours graduel et complet de chinois parlé et écritChapitre 4 sur 278 · VJ AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

VJ AVANT-PROPOS

et sans interruption. Le succès — le succès durable — est à ce prix.

Le testament de Pierre le Grand n'est peut-être qu'une légende, mais de quelle vie intense il a animé le peuple russe tout entier ! Que de pas gigantesques il lui a fait faire dans toutes les directions ! La diplomatie russe y a certainement puisé une secrète force. Or, qui peut douter que cette étude savante, infatigable, à laquelle la Russie soumet ses relations extérieures et les relations des autres États entre eux, n'ait contribué à sa grandeur au moins autant que les succès de ses armes? N'est-ce pas, en effet, surtout sa diplomatie qui rend aujourd'hui la Russie l'arbitre incontesté et incontestable des destinées de l'Europe?

Cependant, aux yeux de nos États occidentaux, si fiers de leur civilisation, qu'était ce vaste empire, il y a seulement cent cinquante ans? Un pays de « sauvages », comme on disait alors. Et, si quelque esprit curieux, pratique ou original, s'était avisé d'en apprendre la langue, den étudier à fond l'histoire, les institutions, les mœurs, les ressources, d'en soupçonner Téclatant avenir, pas un probablement de nos hommes d'État d'alors n'eût hésité à dire et à écrire que a la Russie était « trop éloignée du centre d'action de la France pour va- • loir la peine que Ton s'en occupât sérieusement.» — Eh bien, soixante-dix ans à peine s'étaient écoulés et le souverain de ces a sauvages » devenait, comme son neveu Test aujourd'hui, l'arbitre de l'Europe.

Chose curieuse en même temps! l'arbitrage de la Russie nous a été souvent favorable. Sans doute, des motifs personnels ont pu lui dicter cette conduite ; mais

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on ne saurait nier que, sous la Restauration, dans deux circonstances mémorables, l'influence du duc de Richelieu n'y ait été pour beaucoup. Cet éminent homme d'État, s'étant fixé en Russie bien avant l'époque de nos premiers désastres, y devint sympathique, non moins par les connaissances locales, qu'il ne dédaigna pas d'acquérir, que par les services qu'il rendit. Aussi se trouvat-il plus tard en position de plaider efficacement, auprès de lempereur Alexandre et des hommes d'État russes, la cause qu'il avait la sainte et patriotique mission de défendre !

Le pays que ce livre est destiné à faire étudier, — la Chine, — se trouve être aujourd'hui, relativement, bien plus près de la France que ne Tétait la Russie il y a un siècle. Il est vrai que de grands États, TAUemagne et la Russie, nous en séparent; mais la vapeur^ la télégraphie et l'œuvre immortelle de notre Lesseps, le mettent à notre portée immédiate. Plus grand que l'Europe, il est aussi beaucoup plus populeux. 11 pourrait, le cas échéant, mettre sur pied une armée aussi nombreuse que toutes les armées de l'Europe réunies. Et elle serait une! Est-on tenté de sourire d'incrédulité à cette idée? Qu'on pense à ce que sont nos armées d'aujourd'hui comparées à celles du commencement de ce siècle. Qu'on se rappelle d'ailleurs Gengiskhan et Tamerlan! Tout aussi absurde aurait paru aux Chinois de i835

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ridée dun corps franco-anglais, de quelques milliers d'hommes à peine, dictant les termes de la paix, ^ Pékin même, en 1860!

Les côtes maritimes de la Chine ont plus de mille lieues d'étendue, et ses marins, notamment ceux du Kouangtong et du Fo-kienn, ont toutes les qualités de vrais hommes de mer. Admirablement arrosée, comme nulle autre contrée du monde, par un immense réseau de fleuves, de rivières et de canaux, la Chine produit toute sorte de blés et de grains, du riz, des thés, des soies, des laines, du coton, du lin, du chanvre, des sucres, de rindigo, du tabac ; — les fruits les plus variés, les plantes médicinales les plus efficaces, les arbres les plus recherchés et les plus utiles; — on y trouve le cerf qui donne le musc; on y recueille d'autres parfums et des épices; — le poisson y est aussi renommé qu'abondant; les animaux domestiques et à Tétat sauvage y sont sans nombre. Les montagnes et les plaines y regorgent de houille, de minerais de fer, de cuivre, d'étain, d'huiles minérales, de marbres, de pierres précieuses, d'or et d'argent. Comme détentrice de numéraire, elle est probablement le plus riche pays du monde. Il suffit, pour n avoir là-dessus aucun doute, de supputer les sommes colossales que, depuis trente années, TOccident a payées à la Chine, aux trois cinquièmes comptant, rien que pour ses thés, ses sucres et ses soies.

Telle est la Chine au point de vue exclusivement matériel. Voyons maintenant ce qu'elle est comme État.

Voilà plus de neuf siècles qu elle garde, presque intactes, les institutions qui la régissent : une monarchie appuyée

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