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s'ignoraient encore presque absolument, du moins au point de vue politique. Il pouvait donc sembler naturel que Tétude de la vénérable Chine, — un pays situé aux antipodes, — planât dans le vague des thèses philosophiques, philologiques, ou exclusivement littéraires. On avait, d'ailleurs, pour ce travail spéculatif, tout un trésor accumulé pendant plus de deux siècles, par la légion de nos doctes et vaillants missionnaires catholiques, et on ne s'était pas fait faute d y puiser largement. 11 n'était pas non plus fort étrange que l'idiome chinois fût traité comme nous traitons, même encore aujourd'hui, le grec et le latin, et que le principal, pour ne pas dire le seul mérite des sinologues d'Europe, — ils s'en faisaient gloire, — consistât dans des traductions, de première ou de seconde main, que personne après tout n'avait sérieusement intérêt à contrôler.
A présent, il ne s agit plus d'étudier la Chine, uniquement pour en rêver, pour en disserter à perte de vue et acquérir ainsi, à peu de frais, le renom de grand savant. Il s'agit de nous la rendre familière, de nous mettre en état de vivre avec elle de la vie quotidienne, et de lui apprendre, à notre tour, par des moyens à sa portée, ce que nous sommes, ce que nous voulons, ce que nous pouvons. Aujourd'hui, d'ailleurs, la Chine et le groupe entier de ses anciens satellites, à l'exception de la Corée, sont liés par de solennels traités avec toutes les grandes puissances de l'Europe et de l'Amérique. 11 y a déjà quatorze ans que les représentants de ces États résident à Pékin. Plusieurs d'entre eux viennent même de a contempler » enfin, « les traits célestes du divin Dragon, » sans avoir pour cela « mis leurs fronts dans la poussière , » et quatre ans se sont
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écoulés à peine depuis qu'un véritable ambassadeur du Fils du Ciel exprimait à Versailles les regrets de son souverain pour l'épouvantable massacre de Tienn-Tsinn.
Citons encore d'autres faits d une grande portée. Voilà plus de douze années qu'un Anglais, ancien vice-consul britannique, occupe, dans la capitale de la Chine, une position qui, par les intérêts politiques et commerciaux dont elle est le centre, par le patronage dont elle revêt son titulaire, par les millions de livres sterling dont elle lui donne la perception et l'emploi, ne le cède en rien à la position de plus d'un ministre des finances en Europe. En même temps, l'Angleterre, établie solidement à Hong- Kong, qui, — en attendant peut-être la conquête de Formose ou des îles Chusan, — lui assure la libre entrée des mers de la Chine et lui sert à la fois d'observatoire politique, d'arsenal et d'entrepôt^ a déjà mis un pied sur le continent chinois lui-même par l'annexion, en 1860, de la pointe Kao-lounn {kiéou-long), séparée à peine par un bras de mer de cette colonie britannique. Plus au nord, à Chang-Haï, véritable ville libre de l'Asie et berceau probablement de quelque nouvel empire des Indes, notre ancienne rivale, aujourd'hui notre amie, exerce une présidence de droit et de fait, car elle y trouve a le pivot de ses a intérêts dans l'extrême Orient. » Sait-on, d'ailleurs, par quelle somme elle arrive maintenant à chiffrer, chaque année, ses relations commerciales avec la Chine ? par une moyenne d'environ deux milliards de francs. Ajoutons-y une foule d'avantages indirects que retirent de ce commerce ses possessions d'Aden, de Ceylan, des Indes orientales, de Pégou^ de Pinang, de Malacca et de Sin
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gapore, dont le Céleste Empire n'est plus en quelque sorte qu'une nouvelle échelle. Gela lui suffit-il? Nullement. Maîtresse de la partie méridionale du pays des Birmans, elle veut se servir du fleuve Yràoudddy, pour substituer son influence, par la voie de Bhâmo, où déjà elle entretient un agent, au monopole du souverain-négociant de Mandalay, et rattacher ainsi, commercialement, Bombay, Madras, Calcutta et Rangounn à Tembouchure du Yangtseu, par les provinces chinoises du sud-ouest, que le cabinet de Pékin vient à peine de reprendre à Tinsurrection vivace des mahométans asiatiques. L'Angleterre est si irrésistiblement attirée de ce côté par la force des choses, et louverture, à son profit, d'une route commerciale du Pégou au Yunnann, apparaît désormais, dans le plus proche avenir, un fait tellement certain que, malgré le meurtre récent, par un bandit au service de la Chine, du vaillant et infortuné Margary, à Mannwynne, dans le district chinois de Tëng-yué (Momienn), un des principaux soucis du vice-roi des Indes semble être d'éviter, à tout prix, que la frontière éventuelle des possessions britanniques sur les confins du Yunnann touche les limites de la terre des Hann. Et voilà comment l'esprit d'entreprise et l'activité des Anglais en Asie se préparent à serrer la Chine^ comme dans un étau, au sud-est et à Test, par la mer et les ports^ et au sud-ouest, par un grand fleuve et des « tracks-^ qui, demain au plus tard, vont se métamorphoser en rail%pays. Bien au delà, d'ailleurs, de THimâlaya et des Monts de glace, dans la petite Boukharie, pointe la plus occidentale des dernières conquêtes des Ts'ïngy la Grande-Bretagne ne reste pas inactive; du moins, l'Etat naissant de Kashgar a ses plus cordiales