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III. —CARACTÈRES DES MOTIFS D'ACTION

En tant qu'ils sont connus par nous comme désirables ou dignes d'être recherchés ces objets sont des motifs d'action. 11 y a donc trois grandes classes de motifs.

Le motif du plaisir exclut toute réflexion, et il est désintéressé en ce sens qu'il ne suppose pas le calcul des conséquences et la prévision de l'avenir. Mais cela montre qu'il ne peut être le motif unique qui détermine toute notre conduite. Dès qu'il est parvenu à l'âge de raison, l'homme tient plus ou moins compte de ce qui peut résulter pour lui dans le futur de telle ou telle action volontaire. Les animaux eux-mêmes, j'entends les animaux supérieurs, sont capables de renoncer à un plaisir immédiat si l'expérience leur a appris qu'il doit être suivi d'une douleur plus grande. Le chien s'abstient de voler le rôti qui est à sa portée quand on l'a battu deux ou trois fois pour de semblables méfaits.

Le motif intéressé suppose au contraire réflexion^ calcul, prévision. 11 consiste à se priver d'un plaisir

qui doit entraîner après lui une peine ou plus vive ou plus durable, à accepter une peine légère et passagère pour une satisfaction future si celle-ci doit être plus longue et plus intense. Il suppute les conséquences plus ou moins lointaines d'une action. Il établit une balance entre les biens et les maux et détermine la volonté à rechercher, tout compensé, la somme la plus petite possible de souffrances jointe à la plus grande somme possible de jouissances. C'est, comme on l'a dit, une sorte d'arithmétique. Vivacité, durée, probabilité plus ou moins grande des plaisirs et des peines, voilà les éléments de ce calcul. L'homme qui se prive de tout et s'impose les plus rudes fatigues dans sa jeunesse pour amasser une fortune dont il espère jouir dans son âge mûr et sa vieillesse, obéit en cela au motif de l'intérêt.

Ce motif n'a par lui-même rien de méprisable, car il est légitime que chacun mette en œuvre les moyens les plus efficaces pour assurer son propre bien être. Il ne mérite d'être flétri que si, se trouvant en opposition avec le motif du devoir, ou motif moral, il détourne la volonté d'obéir à celui-ci.

Le caractère essentiel du motif moral, c'est d'être obligatoire. Qu'entendons-nous par là?

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