III. — DEVOIRS DES FEMMES EN TEMPS DE GUERRE
Les femmes n'ont pas à porter les armes, quoiqu'après tout, dans le pays de Jeanne d'Arc et de Jeanne Hachette, il serait bien étrange que l'héroïsme guerrier fût regardé comme tout à fait incompatible avec leur sexe. Mais c'est d'autre façon qu'elles doivent accomplir le devoir militaire.
Nous avons dit qu'elles sont tenues de préparer leurs fils au métier de soldat, et de leur inspirer les mâles vertus qu'il y faut. En temps deguerre, elles feront des cartouches, prépareront le linge pour bander les plaies, soigneront les blessés dans les ambulances, les malades dans les hôpitaux. Et certes, l'occasion ne leur est pas refusée de risquer, elles aussi, leur vie, caria contagion à laquelle elles s'exposent peut tout aussi bien tuer que les balles. La tendresse de leurs soins, leur pitié infatigable, leur sourire au milieu de tant de misères, leurs paroles, qui ont le don d'apaiser et de consoler, font les souffrances moins aiguës, les guérisons plus promptes, la mort même moins cruelle. Elles sont, auprès de ces
pauvres soldats inconnus, la famille absente, la mère, la sœur, l'épouse, la fille, et par le respect ému qu'elles inspirent, arrêtent sur bien des lèvres, étouft'ent dans bien des cœurs, le blasphème et le désespoir. Par là encore, elles servent la patrie, car il n'est pas bon qu'on se plaigne de souffrir et de mourir pour elle.
Ceux que la loi, pour des raisons d'intérêt général, dispense de servir en temps de guerre, et c'est le cas pour certaines catégories de fonctionnaires et de magistrats, doivent alors payer leur dette par un surcroît d'activité, de vigilance, de dévouement. Ils peuvent, d'ailleurs, même sans porter l'uniforme et le fusil, avoir à payer de leur personne, de leur vie même, lin juge refusera de rendre la justice au nom du souverain ennemi ; un maire de prêter son concours à des réquisitions ordonnées par l'envahisseur; un employé du télégraphe, de livrer le secret des dépêches qui lui sont confiées par le gouvernement de son pays. On les emprisonne, on les emmène comme otages; on les menace de les fusiller. Ils sont vraiment soldats alors, ils doivent, eux aussi, leur liberté, leur sang, et ne reculent pas devajnt le sacrifice. Sentinelles placées à un poste d'honneur et de péril, ils sont, eux aussi, les esclaves d'une consigne que la patrie seule peut lever.
D'autres hâteront l'arrivée des recrues, rassembleront les munitions et les vivres, organiseront les camps retranchés. Les diplomates, sous le feu de la bataille, négocieront des alliances, prépareront le terrain d'une médiation. Tous, chacun dans sa sphère et selon ses capacités, se donneront corps et âme à la cause sainte :
il n'en est pas sur terre qui soit plus sainte que celle-là. Et quand tous font ainsi leur devoir, le triomphe définitif est assuré. Un peuple de patriotes peut être momentanément vaincu ; mais son patriotisme, encore exalté par la défaite, lui défend de désespérer, le relève, et le récompense enfin par la victoire.