‹ De l'educationChapitre 113 sur 178 · III. — Ils doivent de plus ne pas prétendre régler eux · texte numérisé non relu

III. — Ils doivent de plus ne pas prétendre régler eux

qu'on y vole tout'. — Mais si l'on enlève les garnisons, ne sens-tu pas qu'il sera possible à qui voudra d'enlever môme de vive force ? D'ailleurs as-tu visité toi-même les garnisons? Comment sais-tu qu'elles font mal leur service? — Je le suppose. — Eh bien, quand nous aurons autre chose que des suppositions, nous délibérerons sur cet objet. — Peut-être cela vaudra-t-il mieux. — Mais je suis sûr du moins que tu as soigneusement examiné combien de temps le blé récolté dans le pays peut nourrir la ville, et combien on en consomme de plus chaque année, afin que, si l'État venait à éprouver une disette, tu ne fusses pas pris au dépourvu, mais en mesure, grâce à tes prévisions, de pourvoir aux besoins de la ville et de la sauver. — Tu me parles là d'une grosse affaire s'il faut veiller à tous ces détails, — Cependant, reprit Socrate, on n'est pas même capable de bien gouverner sa maison, si l'on n'en connaît pas tous les besoins, si l'on ne sait pas les satisfaire; mais puisque la ville contient plus de dix mille maisons, et qu'il n'est pas facile de s'occuper de tant de familles à la fois, pourquoi n'as-tu pas essayé d'abord d'en relever une, celle de ton oncle ? Elle en a besoin. Après en être venu à bout, tu aurais passé à un plus grand nombre; mais si tu ne peux pas rendre service à un seul individu, comment pourras-tu être utile à tout un peuple? C'est comme si un homme n'avait pas la force de soulever le poids d'un talent; n'est-il pas clair qu'il ne devrait pas essayer d'en soulever davantage? — Ah! certes, dit Glaucon, je serais bien utile à la famille de mon oncle, s'il voulait m'écouter ! — Ainsi, reprit Socrate, tu n'as pas pu persuader ton oncle, et tu voudrais te faire écouter de tous les Athéniens, et de ton oncle avec eux?

« Prends garde, Glaucon, en désirant la gloire, d'arriver à tout le contraire. Ne vois-tu pas comme il est dangereux de dire ou de faire ce que l'on ne sait pas? Regarde parmi tous ceux de ta connaissance qui parlent et agissent sans savoir, s'ils te paraissent pour cette raison obtenir des éloges ou des reproches. Sont-ils admirés ou méprisés? Regarde, au contraire, les hommes qui savent ce qu'ils disent, ce qu'ils font, et tu verras, je crois, que, dans toutes les circonstances, ceux qui ravissent les suffrages et l'admiration sont précisément ceux qui savent, tandis que l'opprohreet le dédain sont le partage des ignorants. Aussi puisque tu aimes la gloire et que tu veux te faire admirer de la patrie, travaille à bien savoir ce que tu veux mettre en pratique. Car

mêmes tous les détails. Gouverner c'est diriger de haut.

IV. — Leur intégrité doit être absolue ; ils sont tenus d'être inaccessibles à la faveur et à l'intrigue.

V. — Ils doivent joindre la prudence à la décision. VL — Ils se préoccuperont avant tout des intérêts

généraux et permanents du pays, de son progrès intellectuel et moral.

VII. — Ils seront un exemple par la dignité de leur vie privée.

VIII. — On ne doit pas aspirer au maniement des affaires publiques si l'on n'y est préparé par l'étude et l'expérience, et si Ton ne se sent pas pour ce rôle des aptitudes spéciales et peu communes.

Ouvrage à consulter :

P)ARNi, La Morale dans la démocratie. (Leçon 9.)

si tu parviens à l'emporter en cela sur les autres, et qu'alors tu prennes en main les affaires de l'État, je ne serais pas étonné que tu obtiennes très facilement ce que tu désires. »

Page 1