II. — L'ASCÉTISME
Nous blâmerons aussi les pratiques de l'ascétisme quand elles peuvent porter une atteinte sérieuse à la santé. La terre classique de l'ascétisme, c'est l'Inde; les anachorètes, ou rishis, s'imposent des pénitences prodigieuses, croyant arriver par là à une sainteté qui leur donne une puissance égale ou supérieure à celle des dieux. L'un tient .ses bras toujours en l'air, l'autre se tient sur un pied, le bout seul de l'orteil appuyé sur le sol, « n'ayant pour aliment que le souffle &q^ vents, sans abri, immobile comme un tronc d'arbre, debout, privé de sommeil et le jour et la nuit ». Le
code de Manou recommande « que l'anachorète se roule sur la terre ou qu'il se tienne sur la pointe des pieds durant toute la journée; que dans les chaleurs de Tété il s'entoure de cinq feux ; que dans la saison des pluies il s'expose sans abri aux nuages ; que dans la saison froide il porte des vêtements humides et s'inflige des pénitences de plus en plus terribles, etc. »
Ces pratiques sont aussi extravagantes que coupables. Croire de même, avec certains chrétiens*, que la divinité se complaît dans les souffrances de ses créatures, ce n'est pas là s'en faire une idée qui soit conforme à sa bonté. Il est vrai que souvent l'ascétisme se propose de fortifier la volonté et de combattre les passions; en ce cas, l'intention peut être louable. Mais on peut réprimer les passions sans pour cela torturer le corps, et la volonté peut assurer son empire par une discipline morale et de bonnes habitudes qui ne compromettent pas l'existence ou l'intégrité de l'instrument matériel dont elle ne saurait se passer ici-bas.