‹ De l'educationChapitre 12 sur 178 · V. — LE BIEN OU LA PERFECTION MORALE · texte numérisé non relu

V. — LE BIEN OU LA PERFECTION MORALE

La perfection dont il s'agit ici, c'est la perfection morale. Nous comprenons très bien que la toute-puissance, l'omniscience, l'éternité sont pour un être des perfections; mais celles-là, l'homme n'y saurait prétendre. Sa puissance, son savoir seront toujours et nécessairement limités; et s'il peut espérer une vie future impérissable, il sait qu'il a commencé d'exister. La perfection qu'il doit poursuivre, ce n'est donc pas toute la perfection, mais seulement celle dont il est capable. Elle n'est que la volonté bonne. Bien vouloir, voilà ce qui dépend de nous. Aussi Yintentlon a-t-elle seule un caractère moral. Des actes inspirés par une

intention égoïste ou perverse peuvent avoir quelques effets favorables : un homme opulent peut, par exemple, distribuer d'abondantes aumônes pour faire étalage de ses richesses ou pour se ménager des partisans qu'il espère pousser à la révolte contre le gouvernement de son pays. Dans ce cas, sa générosité soulage quelques misères, ce qui est un bien, mais sa conduite n'est pas moralement bonne, parce que le motif qui l'inspire n'est pas celui du devoir.

Quand nous disons que la bonne volonté suffit, nous ne voulons pas dire qu'on ait le droit de s'en tenir à l'intention. La bonne intention n'existe qu'à la condition de se réaliser dans la mesure du possible. Bien vouloir c'est vouloir bien faire et n'épargner aucun effort pour mettre à exécution ce qu'on a résolu. La bonne volonté qui n'agit pas quand elle le peut n'est pas une bonne volonté.

La perfection morale, ou l'accomplissement de tout le devoir, étant l'objet suprême auquel nous devons tendre, il faut que nous ayons l'idée de ce que serait l'homme s'il était parvenu à cette perfection. Cette idée qui nous représente une nature humaine supérieure à ce que nous sommes, à ce que sont nos semblables, s'appelle Vidéal moral.

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