VI. — l'idéal moral
Un idéal est un objet conçu par l'esprit, qui n'existe que dans l'esprit, et qui exprime une perfection plus haute que ce que l'expérience de la réalité peut fournir.
On dit, par exemple, qu'un artiste a un idéal, quand il conçoit un modèle de beauté plus parfaite que toutes les choses belles qui sont dans la nature. L'idéal de l'artiste est un idéal esthétique. On dit encore le cercle idéal ou parfait, pour désigner le cercle parfaitement conforme à la définition géométrique, que nos instruments grossiers ne sauraient reproduire avec une entière exactitude. De même on dit Y idéal moral, entendant par là cette perfection d'une volonté toujours et absolument conforme au devoir, d'une âme à laquelle ne manquerait aucune des vertus qui résultent de cette perpétuelle conformité — perfection vers laquelle nous devons tendre de toutes nos forces, bien qu'il soit peut-être impossible à l'homme de l'atteindre jamais.
L'idéal moral a pu varier d'une époque à 1 autre, et c'est par là que la morale est capable de progrès. Le sauvage n'a pas le même idéal que le civilisé, ni le chrétien que le Grec du tenlps de Périclès. Le sauvage ne conçoit guère de devoirs qu'envers les membres de sa tribu; le Grec du v' siècle avant Jésus-Christ admet l'esclavage comme légitime et se croit tout permis envers les barbares. L'idéal moral s'épure et se perfectionne à mesure que se développe la civilisation. Celui des épicuriens et des stoïciens est supérieur à celui d'Homère. La loi mosaïque, de même, s'élève et s'épure de siècle en siècle, et de prophète en prophète. Le christianisme, dernier épanouissement de cette loi, n'a produit une si grande révolution dans le monde que parce qu'il a fait pénétrer dans les âmes, par l'amour, l'idéal moral le plus élevé que les hommes eussent encore connu.