II. — CONDUITE DE L'HOMME QUI SE RESPECTE LUI-MÊME
Dans sa conduite, celui qui se respecte lui-même s'abstiendra de toute démarche humiliante, de ces sollicitations qui espèrent conquérir par l'importunité ce qui n'est dû qu'au mérite, de la flatterie envers les gens puissants ou influents, des complaisances serviles. S'il est employé, fonctionnaire, il attendra silencieusement de l'équité de ses chefs l'avancement qui lui est dû. Il lui répugnera de se poser en victime de l'injustice, sachant que chacun est d'ordinaire mauvais juge de sa propre valeur.
Il n'ira pas pour cela jusqu'à l'abandon de ses droits. C'est encore se respecter soi-même que de défendre contre la fraude ses intérêts légitimes. On le doit pour
deux raisons : la première c'est que le respect de soimême implique l'obligation de se faire respecter par autrui; la seconde, c'est qu'on se rend en quelque .sorte complice de la perversité des autres en l'encou- * rageant par une coupable indifférence.
L'homme qui se respecte lui-même sera jaloux de sa liberté. Il ne se laissera enrôler dans aucune coterie; il se gardera des promesses téméraires, des engagements qu'il n'est pas sûr de pouvoir remplir. Il ne se mettra jamais dans l'impossibilité de dire franchement ce qu'il pense, quand la franchise est un devoir.
Au point de vue physique, le respect de soi-même exige la plus minutieuse propreté, un habillement aussi éloigné de la négligence que de la recherche, une démarche tranquille, des gestes sobres, une certaine réserve qui n'exclue d'ailleurs ni la politesse ni la cordialité. Les anciens regardaient volontiers le rire €omme indigne de l'homme qui a souci de sa dignité. Nous n'irons pas jusque-là. Le gros rire qui éclate à tout propos n'est guère, sans doute, que l'épanouissement de la sottise heureuse d'elle-même; mais le rire des honnêtes gens, commie on disait au xvu^ siècle, est légitime et sain. Il est l'indice de cette joiô, dont nous
• parlions tout à l'hçure, et qui €St une force, presque une vertu. Il est une détente pour l'esprit, une ven-
• geance innocente contre certains ridicules, une saillie sonore du bon sens. Le rire de Rabelais et de Molière est peut-être la plus haute expression de notre génie national. Le rire de là bonne gaieté française est notre meilleure sauvegarde contre le pessimisme, le fana-
tisme, le pédantisme, l'hypocrisie, toutes importations du dehors, si répugnantes à notre caractère. Il soutient nos soldats au milieu des épreuves de la guerre, et ses éclats joyeux accompagnent encore nos tambours batr tant la charge.