III. — LE SENTIMENT DE L'HONNEUR
Le respect de soi-même est très voisin du sentiment de l'honneur; mais il le dépasse par sa hauteur morale. Le sentiment de l'honneur, tel qu'on l'entend ordinairement, est sans doute respectable, parce qu'il préserve de certaines bassesses; mais il s'y mêle trop souvent une forte dose de vanité, et il a parlois une condescendance excessive pour les préjugés mondains. Par respect pour soi-même, un honnête homme peut dédaigner certaines insultes, jugeant qu'il serait diminué à ses propres yeux s'il s'abaissait jusqu'à les relever; mais le sentiment de l'honneur exigera une réparation par les armes, et il approuvera le duel, que la morale réprouve. Le sentiment de l'honneur veut qu'une dette de jeu soit religieusement payée; l'homme qui se respecte ne jouera pas, parce qu'il trouve indigne de lui de perdre de l'argent sans profit, ou d'en gagner sans travail. Mais quand il est éclairé, purifié par l'idée du devoir, le sentiment de l'honneur devient alors le sentiment de la dignité personnelle, et il se confond avec le respect de soi-même.
Le respect de soi-même contient, on peut le dire, toutes les vertus qui résultent de l'accomplissement
des devoirs de l'homme envers lui-même. Nous avons expliqué comment il est possible que l'homme ait de tels devoirs. Les vertus principales qui en sont la conséquence sont la tempérance, la prudence, le courage.