VII. — CONSCIENCE MORALE
Nous appellerons conscience morale, la connaissance qu'ont tous les hommes, quelles que soient les différences de temps, de pays et de civilisation, d'un certain idéal de conduite qui s'impose à eux comme obligatoire. Il est clair, par ce qui précède, que la conscience morale est capable de progrès et d'éducation. Celle d'un sauvage ne regardera pas comme criminelles certaines actions qui nous feraient horreur. Celle d'un enfant n'a sans doute qu'une notion très vague et incertaine du bien et du mal, et il faut que parents et maî- I res la développent par le précepte et l'exemple.
Mais quel que soit l'idéal moral que se forme la conscience, toujours et partout cet idéal est conçu comme devant être réalisé, dans la mesure du possible, par la volonté. Si, par exemple, la conscience morale du sauvage ne lui représente guère d'autre idéal que la bravoure dans la bataille et la patience dans les tourments, le sauvage se sentira obligé d'être brave et patient : il se méprisera et se jugera digne du mépris de ses compagnons, de ses ennemis mêmes, s'il cède à la lâcheté ou Se laisse vaincre par la douleur.
RÉSUMÉ
I. — On ne peut vouloir sans vouloir quelque chose; la volonté doit avoir un objet.
Cet objet existe en nous à titre d'idée; mais il est, en un sens, distinct de nous.
II. — Trois objets principaux peuvent solliciter la volonté : i° le plaisir ou V agréable; 2° V intérêt ou Vutile; 3° le devoir ou Vhonnête.
Ces objets sont des motifs d'action,
III. — Le motif du plaisir exclut toute réflexion. Il ne peut être le motif unique de toute notre conduite.
Le motif intéressé consiste à sacrifier un plaisir', à supporter une peine en vue d'une satisfaction importante. Ce principe n'est pas mauvais en soi ; il ne deviendrait tel que s'il détournait la volonté du motif du devoir ou motif moral.
Le caractère essentiel du motif moral est l'obligation.
IV. — L'obligation morale ou le devoir s'impose comme un ordre, mais non comme une contrainte. L'homme reste libre en face du devoir.
De plus, le devoir s'impose sans condition. C'est un impératif catégorique.
L'accomplissement sans réserve du devoir est la plus haute perfection que l'homme puisse atteindre.
V. — hdi perfection morale, c'est-à-dire le bien, réside surtout dans le bon vouloir, qui dépend de nous.
VI. — Pour tendre vers la perfection, l'homme doit d*abord en avoir l'idée : cette idée, c'est Vidéal moral.
L'idéal moral s'épure et s'élève à mesure que se développe la civilisation.
VII. — La conscience morale présente à chacun de nous un idéal de conduite comme devant être réalisé dans la mesure de nos forces.
De même que Tidéal, la conscience est susceptible de progrès et d'éducation.
Ouvrages à consulter
.Iules Simon, Le Devoir. (2" et 3" parties.) Paul Janet, La Morale. (L. I, ch. i, ii, m, vu; L. II, ch. i, ii; L. III, ch. I, V.) Emile Beaussire, Les Principes de la morale. (L. III, ch. i.) Renouvier, Science de la morale. (L. 1, 1" sect., ch. i; L. II, 1 sect.) Marion, Leçons de morale. (Leçons 3 à 12.) JouFFROY, Cours de Droit naturel (2' et 3' leçons.) Cousin, Le Vrai, le Beau, le Bien. (Le Bien.) Francisque Bouillier, Morale et Progrès.
Ch. Waddington, Dieu et la Conscience. (1'* part., ch. i.) L. Carrau, La Morale utilitaire. (2" part., I. I, ch. iv.)