LE COURAGE
Une vertu qui semble souvent opposée à la prudence, c'est le courage. Celui-ci brave le danger, celle-là l'évite. Le courage ne craint ni la douleur ni la mort même, la prudence met tous ses soins à fuir Tune et l'autre. Les vertus sont-elles donc en conflit, et
rhomme ne saiirait-il être entièrement vertueux? Ces contradictions ne sont qu'apparentes. Le vrai courage ne se confond pas en effet avec la témérité. Il est réfléchi, comme la prudence, et ne s'expose qu'à bon escient, et quand un intérêt supérieur est en jeu. L'homme courageux risque volontiers sa vie pour défendre sa patrie, sauver quelqu'un de ses semblables, non par ostentation et pour montrer qu'il n'a pas peur. Il ne recherche pas le péril, il se contente de l'affronter froidement, résolument, s'il ne peut y échapper, et si le devoir le veut. Et ce sang-froid même du vrai courage est d'accord avec la prudence; c'est la meilleure condition pour ne pas périr.