IV. — COURAGE MILITAIRE
La bravoure guerrière est la forme la plus frappante, la plus populaire, du courage. Outre qu'elle est un devoir civique, elle est un devoir envers soi-même. Si le respect de soi est la première des obligations personnelles, on cherche vainement quel homme devra se mépriser plus qu'un soldat lâche. Il porte un uniforme qui donne du cœur aux plus timides; il a en main l'arme que lui a confiée la patrie ; il est entouré de camarades qui sont prêts à se faire tuer; il a en face de lui des hommes qui ne sont pas mieux armés, qui ne défendent pas une cause plus sainte : et cet uniforme, il le déshonore; cette arme, il la jette ; cette patrie, ces compagnons, il les trahit; ces ennemis, il les accepterait pour maîtres; tout cela parce qu'il a peur! Oh ! celui-là, ses
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parents, sa femme, s'il en a, le renieront; ses fils rougiront de l'avoir pour père; nulle main ne pressera plus la sienne, on le soufflettera de ses épaulettes arrachées; le premier venu pourra le frapper au visage impunément, puisqu'il est lâche : mais la vraie dégradation, la flétrissure, sont en lui-même. C'est à ses propres yeux surtout qu'il est le dernier des hommes, qu'il a cessé d'être un homme. Heureux encore s'il en a conscience, et si le sentiment de son abjection lui inspirequelque généreux désespoir qui le relève enfin! Le courage militaire est une vertu si commune en France, qu'il est inutile d'y insister longuement. Plus rare peut-être est le courage civil.