‹ De l'educationChapitre 134 sur 178 · YI. — COURAGE POUR SUPPORTER •LES ÉPREUVES DE LA VIE · texte numérisé non relu

YI. — COURAGE POUR SUPPORTER •LES ÉPREUVES DE LA VIE

En dehors de ces circonstances heureusement exceptionnelles, dans la vie de chaque jour, le courage trouve mille occasions à s'exercer. Il en faut pour supporter les épreuves de toutes sortes qui ne sont épargnées à personne : revers de fortune, espérances trompées, infirmités, maladies. C'est également dans le' respect de soi-même que ce genre de courage prend sa source : la personne morale, qui a conscience de sa dignité, doit regarder comme une lâcheté de se laisser abattre par des événements qu'il n'a pas été en son pouvoir d'éviter. Les stoïciens disaient que les choses qui ne dépendent pas de nous ne sauraient nous rendre heureux ou malheureux. Et ce qui dépend de nous, c'est uniquement Je bon vouloir. Les stoïciens avaient ' raison en ce sens que le respect de nous-mêmes nous

interdit de nous mettre trop à la merci de ce que nous ne pouvons ni produire ni empêcher.

Mais les stoïciens allaient à l'excès quand ils soutenaient que le sage doit être indifférent à la mort d'un ami, d'une femme, d'un enfant. Epictète parle ainsi : (( Ne dis jamais à propos de quoi que ce soit : je l'ai perdu, mais je l'ai rendu. Ton fils est mort? il a été rendu. Ta femme est morte? elle a été rendue. » — Les stoïciens n'avaient pas compris que la résignation n'est pas l'insensibilité. L'homme a le droit et le devoir de pleurer la perte de ceux qui lui sont chers, puisque les affections de famille, l'amitié sont choses légitimes et sacrées. Mais il reste vrai qu'un désespoir sans mesure comme sans terme est une faiblesse, et que le respect de nous-même nous commande de ne pas nous laisser écraser à tout jamais par le chagrin. Il reste, même après ces coups irréparables, du bien à faire, une destinée à remplir. C'est alors que le courage est nécessaire et méritoire. Il est nécessaire pour continuer de vivre; il est méritoire, parce qu'il est le triomphe, non pas immédiat, mais graduel, de la raison et de la volonté sur la sensibilité.

Nous protestons contre la dureté stoïcienne, parce qu'au fond elle n'est pas véritablement du courage. Le stoïcisme recommande à l'homme de détruire en luimême toutes les affections, toutes les passions. Supposez qu'il soit possible d'y parvenir : la résignation courageuse n'a plus le moindre prix. Il est bien facile, si l'on n'aimait pas, de dire à la mort d'un fils : je l'ai rendu. Mais la nature humaine, quand elle n'est pas

déformée par l'esprit de système, a horreur de tels détachements. L'homme tout entier est père, époux, ami, citoyen. Et ces objets, il les aime plus que soi. Il y a donc plus de dignité, plus de grandeur dans la souffrance virilement acceptée, que dans l'indifférence passive du stoïcien.

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