‹ De l'educationChapitre 135 sur 178 · YII. — COURAGE EN FACE DE LA MORT · texte numérisé non relu

YII. — COURAGE EN FACE DE LA MORT

Il est une dernière forme du courage qui est imposée à tous les hommes : c'est le courage en face de la mort. Je ne parle plus ici de la mort à laquelle s'expose le soldat sur les champs de bataille : je parle de celle qui est le terme fatal de toute vie. Rien de plus dégradant que la pusillanimité, les lamentations sur son propre sort, à l'approche du moment suprême. Il faut tenir à honneur de respecter en soi la personne morale dans cette crise à laquelle d'ailleurs la morale même nous ordonne de croire qu'elle doit survivre. L'idée de la mort est importune à la jeunesse, peut-être même n'estil pas bon qu'elle occupe trop l'esprit, car elle pourrait alanguir l'activité, inspirer quelque dédain pour les affections et les intérêts légitimes d'ici-bas. Mais il faut la fixer quelquefois devant l'esprit; non pour s'affoler de terreur, bien plutôt pour envisager avec une gravité calme un accident auquel nul n'échappera et qui peut survenir à tout instant. L'instant venu, soyons, selon le beau mot de Bossuet, doux envers la mort, acceptonsla, confiants dans l'avenir et dans la bonté souveraine,

comme l'olive mûre, dit Marc Aurèle, bénit en tombant Farbre qui l'a portée.

RÉSUMÉ

I. — La prudence consiste à agir conformément à l'intérêt bien entendu. Elle semble relever seulement de la morale utilitaire. Pourtant elle est une vertu, parce que l'intérêt bien entendu ne se confond pas avec l'égoïsme. Il coïncide d'ordinaire avec le devoir et fournit un nouveau motif d'accomplir celui-ci.

II. — La prudence est particulièrement nécessaire aux jeunes gens, qui ont des passions vives et manquent d'expérience. Ils solliciteront des conseils auprès des personnes d'un âge plus mûr, surtout dans les circonstances importantes de leur vie. Cela ne les dispensera point de réfléchir, et d'apprendre à se diriger euxmêmes.

La prudence n'exclut ni la générosité ni l'enthousiasme ; mais elle préserve des entraînements irréfléchis. Elle assure le triomphe d'une cause juste en inspirant la fermeté, la persévérance et le choix des moyens les plus efficaces.

III. — Le courage brave le danger, tandis que la prudence l'évite. La contradiction entre ces deux vertus n'est pourtant qu'apparente. Le vrai courage ne se confond pas avec la témérité; il réfléchit aussi et ne s'engage qu'à bon escient; mais une fois que le devoir

a parlé, le. courage obéit résolument sans crainte du péril.

IV. — Le courage militaire est à la fois un dévoir civique et un devoir personnel. Cette forme du courage est très populaire et très française. Aussi le soldat qui faillit à son devoir sur ce point est-il considéré comme le dernier des lâches.

V. — Le courage civil est la vertu du citoyen qui ne se laisse intimider dans la défense de la justice et de là loi ni par les menaces d'un pouvoir tyrannique ni par les violences de l'émeute. Il est peut-être plus rare et plus difficile que le précédent, bien que l'histoire en fournisse des exemples mémorables.

VI. — Une autre forme usuelle du courage est, dans la vie ordinaire, la fermeté et la résignation, qui font supporter, sans se laisser abattre, les nombreuses épreuves, dont personne n'est exempt, telles que les maladies, les revers de fortune, les malheurs de famille, les déceptions de toutes sortes, etc.

Les stoïciens poussaient la résignation jusqu'à l'insensibilité. Ils allaient trop loin, car l'insensibilité , rendi^it le courage superflu. Il y a plus de grandeur, plus de dignité, dans la souffrance virilement acceptée, que dans l'indifférence passive du stoïcien.

VII. ~ Enfin llhomme doit se familiariser avec l'idée de la mort, et se préparer à supporter dignement cette suprême épreuve. Il puisera du courage dans la croyance en l'immortalité de l'âme, croyance dont la morale fournit la plus forte démonstration.

Ouvrages à consulter

XÉNOPHON, Mémorables. (L. III, ch. ix.) CiGÉRON, Traité des Devoirs. (L. I, ch. xviii et xxiv.) Jules Simon, Le Devoir, {i" partie, ch. ii et v.) Paul Janet, La Philosophie du bonheur.

Page 1