Philosophe pythagoricien, l'un des maîtres de Sénèque
Tâme a reçu ce qui lui revient d'éloge ou de blâme, et que, soumise à sa propre surveillance, à sa propre censure, elle informe secrètement contre elle-même ! « Ainsi fais-je,,et, remplissant envers moi les fonctions de juge, je me cite à mon tribunal. Quand on a emporté la lumière de ma chambre, que ma femme, par égard pour ma coutume, a fait silence, je commence une enquête sur toute ma journée, je reviens sur toutes mes actions et mes paroles. Je ne me dissimule rien, je ne me passe rien. Eh! pourquoi craindrais-je d'envisager une seule de mes fautes, quand je puis me dire : Prends garde de recommencer; pour aujourd'hui, je te pardonne. »
Sans insister sur l'utilité de l'examen de conscience, devenu, après le paganisme, l'une des pratiques les plus importantes de la discipline chrétienne, il est trop évident qu'il n'a toute son efficacité qu'à la condition d'être sincère. Pour mieux dire, il est, ou doit être la périodique manifestation de notre sincérité envers nous-même. Et si elle est véritable, cette sincérité nous préservera tout aussi bien d'une sévérité excessive que d'une excessive indulgence. Certaines âmes scrupuleuses pèchent souvent par une rigueur outrée. Pour les fautes les plus légères, elles se croient perdues et désespèrent de se relever jamais. Nous ne dirons pas que dans ce jugement inique qu'elles prononcent contre elles-mêmes, elles manquent de sincérité; mais nous dirons que plus de sincérité encore les ramènerait à la juste mesure. Elles s'examinent conformément à une règle qui n'est pas celle de la conscience. Il est impos-
sible, en effet, que celle-ci, mieux interrogée, leur présente encore de simples défaillances pour des crimes irréparables. Gomme Sénèque est sage et vraiment sincère avec lui-même, de se dire quelquefois : « Prends garde de recommencer; pour aujourd'hui je te pardonne! » Le pourrait-il, s'il s'agissait d'une de ces fautes qui laissent de longs remords ? Sachons donc nous voir tels que nous sommes ; et respectons-nous assez pour ne pas nous traiter en scélérats, à la moindre peccadille.
Parfois l'excès de scrupules conduit à l'abolition de toute moralité. On se reproche des choses innocentes,, et l'on s'en permet d'autres fort répréhensibles; ou bien on juge impossible d'atteindre à l'idéal chimérique qu'on s'est forgé, et alors on s'abandonne à toutes ses passions. Le mal vient, dans l'un et l'autre cas, de ce qu'on n'a pas pris l'habitude d'être sincère vis-à-vis de soi-même.