V. — LA MÉMOIRE
Les anciens avaient bien compris toute l'importance de la mémoire, et certains pédagogues contemporains sont trop portés à méconnaître le rôle de cette faculté. Elle est d'une utilité incalculable pour le développement général de l'esprit. Elle emmagasine les connaissances qu'aura plus tard à élaborer la réflexion. C'est dans l'enfance et la première jeunesse qu'elle se prête le mieux à la culture; aussi, pendant cette période de la vie, ne saurait-on trop l'exercer. Ce qu'on a appris à cet âge, on le retient toujours. Mais nous conseillerions de continuer plus tard encore cette éducation méthodique de la mémoire, et nous connaissons des hommes éminents qui, chaque jour, apprennent une leçon et s'en trouvent bien. S'il est de devoir d'assurer, dans la ,plus large mesure possible, la fldélité et la prompti-
tude de cette précieuse faculté, il va sans dire qu'on ne lui confiera que des choses qui en vaillent la peine. Les chefs-d'œuvre de la poésie peuvent ainsi devenir nos compagnons inséparables ; nous les emportons toujours et partout avec nous; ils font taire les pensées frivoles, adoucissent les pensées amères, en chantant comme d'eux-mêmes dans la mémoire, aux heures de désœuvrement forcé, en voyage, par exemple, ou pendant une insommie.