Deux sous
ceau de pain d'orge; mais c'est un plaisir suprême d'en pouvoir encore retirer du plaisir et de s'être astreint à ce que ne saurait nous ravir le plus inique destin... Commence donc, cher Lucilius, à suivre la pratique de ces sages : prescris- toi certains jours pour quitter ton train ordinaire et t'accommoder de la plus mince façon de vivre; commence, fraternise avec la pauvreté *. »
Sénèque lui-même, jusque dans sa vieillesse et au milieu d'une opulence inouïe, nous apprend qu'il couchait sur la dure : « l'empreinte de mon corps ne paraît point sur mon matelas. » Chacun pourra ainsi s'imposer, selon son tempérament, telles pratiques régulières capables d'exercer la volonté. Mais on n'ira pas, nous l'avons dit déjà, jusqu'aux pratiques funestes d'un ascétisme qui pourrait mettre la santé en péril. Une volonté énergique réclame pour instrument un corps sain et robuste.
il sera bon de se tracer dès la première jeunesse un ordre de vie dont on se départira le moins possible. Ayons des heures fixes pour les repas, pour le travail, pour la promenade, pour le sommeil. Un tel régime, outre qu'il est conforme à l'hygiène et qu'il ménage cette chose précieuse entre toutes, le temps, est une preuve, s'il est scrupuleusement suivi, que la volonté est décidément la maîtresse, et qu'elle sait tenir la main à ce qu'elle a une fois résolu.
Mais en cela même, l'excès de scrupule serait nuisible. Il est des circonstances où il faut savoir se départir de sa règle, quitte à la reprendre au plus tôt.