‹ De l'educationChapitre 158 sur 178 · I. — l'obligation du travail est universelle · texte numérisé non relu

I. — l'obligation du travail est universelle

Le travail sous toutes ses formes est donc nécessaire. Mais, demandera-t-on, ceux à qui la richesse a été transmise par leurs parents, et qui la possèdent ainsi de naissance, ont-ils le droit de se soustraire à la loi du travail? Et si ce droit leur est reconnu, quelle inégalité choquante ! Aux uns, toutes les fatigues, l'effort incessant, la tâche chaque jour reprise et poursuiviesans trêve jusqu'à la vieillesse; aux autres, toutes les jouissances du luxe et de l'oisiveté. Ne serait-il pas juste que, si tout le monde profite des avantages qui résultent de Tordre social, cet ordre ne pouvant subsister sans le travail, tous fussent tenus de travailler?

C'est à un point de vue différent, la question de la propriété qui se pose à nouveau. Nous avons établi la/

légitimité du droit de propriété, et de celui de transmission par héritage, qui en découle. Le droit de posséder implique celui de jouir librement de ce qu'on . possède, et nous ne comprendrions pas que la loi vînt, par la contrainte, imposer l'obligation du travail à celui qui peut vivre sans rien faire. Mais ce que la loi ne pourrait inscrire dans ses prescriptions sans porter atteinte à la liberté individuelle, la morale le range parmi les devoirs. Oui, c'est un devoir social et personnel en même temps que de travailler, eiit-on trouvé la richesse dans son berceau. C'est un devoir social, car on doit prendre sa part du commun effort, contribuer à l'œuvre sacrée du progrès, et pour cela il ne suffit pas de s'être donné la peine de naître, et de se reposer ensuite toute sa vie. On n'a même pas acquitté sa dette envers la société parce qu'on a payé régulièrement l'impôt et satisfait aux exigences de la loi. L'oisiveté est d'un mauvais exemple; elle risque de provoquer dans le cœur des travailleurs pauvres des colères malsaines, de compromettre ainsi la bonne harmonie qui doit exister entre les membres du corps social, et, par là, dans une certaine mesure, la sécurité publique ellemême. Elle est comme une insulte à la dure existence de celui qui, chaque jour, doit gagner son pain et celui de ses enfants.

Mais quoi ! voulons-nous donc que les riches se fassent ouvriers et viennent, sans en avoir besoin, disputer un maigre salaire à ceux qui ne sauraient s'en passer pour vivre? Voulons-nous même qu'ils encombrent les fonctions de l'État, au détriment des fils méritants de

familles sans fortune? Non, mais ils peuvent et doivent mettre à profit l'éducation qu'ils ont reçue, employer

r leur temps, leurs facultés, leurs ressources, au service d'œuvres utiles, recherches scientifiques ou historiques, travaux artistiques ou littéraires, associations philanthropiques, etc. Ils peuvent et doivent, s'ils sont propriétaires fonciers, exploiter eux-mêmes leur domaine, essayer et propager les procédés nouveaux de culture,

I l'usage de machines perfectionnées, combattre autour d'eux la routine, apprendre au paysan à tirer le meilleur parti de son champ, travailler, en un mot, de quelque manière que ce soit. Le riche Buffon, le riche

I Lavoisier, tant d'autres, qui, au'sein de l'opulence, ont

' mené la vie la plus laborieuse, se sont-ils cru le droit d'être oisifs?

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