III. — LE TRAVAIL, CONDITION D'INDÉPENDANCE ET DE DIGNITÉ
Condition de sécurité pour l'homme, le travail Test aussi et par cela même, d'indépendance et de dignité. Il est beau de ne vouloir compter que sur soi-même, son activité, son énergie. Le travailleur reçoit le front haut son salaire, parce qu'il sait qu'il l'a mérité, et qu'en échange il a créé une valeur ou rendu un service. S'il nes'estimepas suffisamment payé, il peut aller ailleurs, sûr qu'un bon ouvrier est toujours bien accueilli. Il est sans doute attaché par des liens d'affection et d'habitude, au patron, à l'usine; mais il n'y a là rien qui ressemble à une subordination humiliante, à une abdication de la liberté. Le travailleur est, lui aussi, un capitaliste à sa manière ; l'habileté acquise, les qualités morales que le travail suppose et développe, ne sontce pas des capitaux véritables, une richesse toujours renouvelée? Et celui qui porte cette richesse avec soi, comment n'aurait-il pas conscience de ce qu'il vaut?
C'est un adage vulgaire que l'oisiveté est la mère de
tous les vices. Qui ne travaille pas est la proie assurée de toutes les tentations malsaines. Il faut un emploi du temps; on ne reste pas des journées entières immobile, les bras croisés. Ce temps qu'on n'emploie pas au travail, on le passe en de mauvaises compagnies, en lectures frivoles ou corruptrices ; on cherche à s'amuser, et comme on dépense son argent sans en gagner, on s'endette. On tombe dès lors dans des embarras de plus en plus inextricables; l'horreur du travail, résultat d'une longue paresse, conduit aux expédients peu scrupuleux pour conjurer la ruine : faux, vols, pis encore, voilà les conséquences trop fréquentes auxquelles on aboutit. C'est une observation faite à propos des grands criminels que tous ont une répugnance marquée pour le travail; ils préfèrent la prison, la déportation, la mort même au labeur régulier de l'atelier, a. Je suis feignant, dis3iit aux jurés le parricide Lemaire; j'ai horreur du travail. Si je ne veux pas travailler en liberté, ce n'est pas pour aller travailler au bagne; je me laisserai mourir de faim. » N'est-il pas horrible de penser que la paresse peut conduire jusque-là !
Comme le travail, au contraire, développe avec les parties hautes de l'âme, toutes les vertus! Le travailleur n'a pas le temps ni le désir de penser à mal, la tempérance lui est devenue une seconde nature. Son intelligence est toujours en éveil pour perfectionner l'œuvre; sa volonté, toujours énergique, ignore les défaillances, tout entière à continuer et à finir ce qu'elle a commencé. L'idée du but à atteindre soutient le courage; en un mot, le respect de soi-même, qui
embrasse, toutes les vertus, est l'effet direct du travail.