ANIMAUX
On invoque d'abord l'ordre admirable qui règne dans l'univers, et l'on fait observer qu'il ne saurait être le résultat du hasard. Des particules de matière, ou atomes, s'accrochant fortuitement dans le vide, n'auraient pu produire la régularité des mouvements célestes, la variété des corps bruts, des plantes et des animaux; car de même que l'ordre n'est connu que par l'intelligence, de même il ne peut être l'effet que de l'intelligence, et des atomes ne peuvent être supposés intelligents.
Si l'on dit que cet ordre résulte de la nécessité des propriétés inhérentes à la matière, on demande comment la matière, qui ne pense pas, a pu jamais donner
naissance à la pensée. Le plus ne vient pas du moins, ni' l'être du néant. Or la matière est moins que la pensée, elle est un néant de pensée.
On considère ensuite plus particulièrement l'organisation des êtres vivants, surtout des animaux supérieurs; l'adaptation merveilleuse des organes avec leurs fonctions, des organes entre eux et des fonctions entre elles, pour assurer l'existence et le développement de l'individu. L'œil, par exemple est construit conformément aux lois de l'optique avec une perfection telle que nos meilleurs instruments ne peuvent y atteindre. Celui qui a fait l'œil, disait Newton, doit savoir la géométrie.
On conclut que tout cela suppose un dessein, c'està-dire une pensée qui a voulu atteindre un but déterminé et a choisi les moyens les plus convenables. Une pensée n'existe que dans un être pensant. Et cet être pensant est souverainement sage, puisque l'intelligence qui se manifeste dans la nature dépasse infiniment celle de l'homme. Il est souverainement puissant, car il a pu faire ce que sa sagesse avait conçu. Il est souverainement bon, puisque Tordre des choses est, somme toute, en harmonie avec le bien des créatures sensibles et intelligentes. Le mal, dit-on encore, résulte de l'imperfection qui est inhérente à tout ce qui est créé. Et quant aux souffrances imméritées qui sont trop souvent icibas le partage de l'homme de bien, elles ne sont qu'épreuves passagères, conditions de mérite, rendues d'ailleurs supportables par l'espoir d'une vie future, où chacun recevra selon ses œuvres et ses vertus.