‹ De l'educationChapitre 164 sur 178 · IV. — PREUVE TIRÉE DE L 'E XI ST E N C E DE L'IDEE DU PARFAIT · texte numérisé non relu

IV. — PREUVE TIRÉE DE L 'E XI ST E N C E DE L'IDEE DU PARFAIT

L'homme a conscience d'être imparfait. Sa sensibilité a trop d'attaches pour les biens inférieurs; son intelligence doute, et elle ignore beaucoup de choses; sa volonté est faible et n'est pas toujours conforme au devoir. Mais cette idée d'imperfection, comment l'aurions-nous, si nous n'avions celle du parfait? Et celle-ci d'où nous vient-elle? De nous-mêmes ? 11 est impossible, puisque nous sommes imparfaits. De nos semblables? Ils sont imparfaits comme nous. Du monde extérieur? L'homme est de tous les êtres qu'il connaît, le moins imparfait, puisqu'il pense : les corps, les soleils, l'univers matériel avec son immensité, sont plus imparfaits que nous, car ils sont dénués d'intelligence. ?]nfin, une idée ne saurait venir de rien. Il faut donc que l'idée du parfait soit imprimée dans notre raison par un être possédant toute la perfection que cette idée représente. — On dira que cette idée n'exprime qu'une perfection possible, c'est un idéal qui n'a pas nécessairement un objet en dehors de notre esprit. Mais qui dit parfait, dit réalité parfaite; car une perfection seulement possible serait moins parfaite qu'une perfection réelle. Par suite, l'idée que nous avons d'une perfection souveraine prouve l'existence d'un Dieu parfait, c'est-à-dire éternel, tout-puissant, tout bon, connaissant toutes choses, cause première de l'univers et de l'humanité.

Nous sommes, mais nous n'avons pas toujours été. Qui donc nous a produits ? Nos parents sans doute; mais eux-mêmes ont commencé d'être. Qui a produit le premier homme ouïes premiers hommes? — On répond qu'ils furent l'effet des forces de la nature. — Mais cela fut-il possible, la nature même s'est-elle faite toute seule? — On dit que la matière et ses propriétés essentielles ont existé de toute éternité. — Mais être éternel, c'est, semble-t-il, n'avoir d'autre cause de son existence que soi-même; or ce qui existe par soi-même no dépend de rien, et ne dépendre de rien, c'est avoi: une puissance qui n'est subordonnée à aucune autre. C'est donc avoir une puissance infinie. Un être infiniment puissant est un être parfait. La matière serait donc être parfait. Mais, à notre connaissance, il lui manque au moins une perfection, savoir la pensée. Elle ne saurait donc ni être parfaite, ni exister par soi; comme nous-mêmes, le monde matériel a dû avoir une cause, à moins que notre raison ne se trompe en affirmant que tout ce qui n'existe pas par soi existe nécessairement par autre chose. Et ainsi, par ce côté encore, il faut un Dieu éternel, parfait, tout-puissant, pour expliquer l'existence de la nature et de l'homme.

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