V. — PREUVE TIRÉE DE L'EXISTENCE DE LA LOI MORALE
L'homme conçoit l'obligation morale et il aspire au bonheur. Faire son devoir, nous l'avons vu, n'est pas toujours une condition suffisante pour être heureux. l Faire son devoir, c'est obéir à la loi de la volonté; des
lois de la nature dépendent en grande partie notre bonheur ou notre malheur. C'est en vertu des lois physiologiques que nous sommes sains ou malades; c'est en vertu des lois de la pesanteur qu'un rocher tombant sur notre tête nous écrase et nous tue.
Or, on ne voit pas que les lois de la nature aient souci de la moralité. La maladie, par exemple, n'épargne pas toujours et nécessairement l'homme de bien pour s'abattre sur le méchant. Un dévouement sublime a pour récompense ordinaire la mort. Les baïonnettes ne se sont pas subitement émoussées sur la poitrine de d'Assas. Cette indifférence des lois naturelles à l'égard du mérite moral des agents libres scandalise la raison. Celle-ci ne peut admettre qu'il n'y ait pas un accord définitif entre le bonheur et la vertu. Elle l'exige, au nom de l'absolue justice. Et il n'est possible que par une harmonie finale entre les lois naturelles et la loi du devoir. Cette harmonie ne peut s'établir toute seule ; elle suppose donc un législateur qui, dans les conditions, à nous inconnues, d'une vie future, adapte Tordre de la nature à celui de la moralité. Ce législateur doit être le souverain de l'univers en même temps que sa volonté, infiniment sainte, est l'expression parfaite de la loi morale. Cette démonstration kantienne^ de l'existence de Dieu, fondée sur le concept de l'impératif catégorique ou de devoir, établit du même coup l'immortalité de la personne.