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VI. — LAMORALEETLARELIGION

Tels sont les principaux arguments invoqués par la philosophie en faveur d'une croyance salutaire et vénérable. Pris à part, ils ne vont peut-être pas sans des difficultés; mais leur ensemble constitue un témoignage imposant de la raison humaine. La pensée de Dieu, ajoutons-nous, quand elle n'est pas défigurée par la superstition, élève l'âme, la soutient, la console. Le devoir, sans doute, se prouve par lui-même et est par lui-même obligatoire; mais il devient, sinon plus sacré, du moins plus aimable, lorsqu'en lui obéissant, nous croyons en même temps obéir à la volonté d'un être infiniment parfait, père du monde et des hommes. La loi morale n'est d'ailleurs pas pour cela un décret arbitraire de la volonté divine; mais la volonté divine veut que le bien soit fait parce que la raison divine conçoit, comme la nôtre, que le bien doit être fait. La volonté de Dieu est éternellement conforme à la raison de Dieu, et celle-ci n'a pu faire que le bien soit le mal ou réciproquement. C'est une fausse doctrine de Descartes, que si Dieu l'avait voulu, la vérité eût pu être l'erreur et l'erreur la vérité. C'est nier la raison divine pour la subordonner à une puissance qui ne serait pas limitée même par l'absurde. Selon la parole de Bossuet, Dieu même a besoin d'avoir raison.

L'homme vraiment religieux ne se distingue donc pas de rhomme vraiment moral, sauf qu'il a un motif de plus d'être vertueux : celui d'obéir au Dieu qu'il

adore. Sa vertu ne deviendra pas pour cela un calcul égoïste, par l'espoir des récompenses qu'il attend de la toute-puissance; il fait le bien pour le bien, et pour l'amour désintéressé de Dieu. Il ne lui est pas interdit, sans doute, d'espérer, et d'ailleurs tout ce qui peut aider au perfectionnement moral est bon ; mais l'espérance seule d'un bonheur futur ne suffirait pas ordinairement pour aller jusqu'au bout du devoir, et l'on ne fait déjà plus le devoir, quand on ne le fait pas avant tout parce qu'il est le devoir. Cela rappelé, nous accepterons comme un précieux secours le surcroît d'énergie que le sentiment religieux apporte à l'âme dans l'œuvre sacrée de son progrès moral.

RÉSUMÉ

I. — De tout temps et chez tous les peuples, Thomme a eu l'idée d'un ou de plusieurs êtres doués d'une puissance supérieure à la sienne. Il leur a attribué d'abord ses malheurs, et il les a craints ; puis sa raison a grandi, ses sentiments se sont épurés, et il a attribué aussi aux dieux les bienfaits naturels dont il jouit. 11 en est résulté de nouveaux sentiments : l'amour et la reconnaissance.

Le polythéisme semble avoir précédé le monothéisme dans le développement de l'idée religieuse. Cependant l'idée d'un Dieu unique est très ancienne chez certains peuples de l'Orient.

II. — Les Grecs étaient polythéistes. Ils imaginèrent des dieux faits à l'image de l'homme, mais immortels. Cependant leurs plus célèbres philosophes s'élevèrent de bonne heure à la conception de l'unité divine. La religion juive et ensuite le christianisme ont affirmé avec une grande force l'existence d'un seul Dieu.

III. — Une des principales preuves de l'existence de Dieu est dans V ordre qui règne dans V univers, et surtout l'adaptation merveilleuse entre les organes et les fonctions qui se manifeste chez les êtres vivants. Tout cela révèle une pensée infiniment puissante, bonne et sage, et ne peut s'expliquer par les propriétés inhérentes à la matière : celle-ci ne pense pas et ne peut donner naissance à la pensée.

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