‹ De l'educationChapitre 174 sur 178 · VI. — LA T OLE RANGE · texte numérisé non relu

VI. — LA T OLE RANGE

Les devoirs religieux supposent des droits corrélatifs. Le premier et le plus sacré de tous est la liberté de conscience. Les opinions religieuses de chacun doivent être respectées de tous. Le mot de tolérance ^ par lequel on exprime ordinairement ce respect, ne dit pas assez, et devrait être rejeté. Il implique Tidée humiliante d'une faveur qu'on pourrait refuser, d'une concession sur laquelle on pourrait revenir. Les opinions en matière religieuse ne doivent pas être seulement tolérées : elles doivent, répétons-le, être respectées.

Ce respect s'étend naturellement à toutes les manifestations de la pensée religieuse, par la parole et par la plume, et au culte qui en est l'expression la plus solennelle, autant du moins, nous Tavons dit déjà, que les cérémonies de ce culte ne sont contraires ni aux bonnes mœurs ni aux lois. Chacun devra donc être protégé aussi bien par la puissance publique que par

Topinion, contre tout fanatisme, quelque forme qu'il affecte. Le fanatisme, en effet, est cette disposition à vouloir imposer aux autres, par violence, ses propres opinions, ou à empêcher, par violence encore, les opinions qu'on ne partage pas de se produire librement. Le fanatisme est surtout fréquent et redoutable dans le domaine religieux. Autrefois, il allumait les bûchers sur lesquels il faisait monter Juifs et hérétiques; il provoquait les guerres de religion, les plus impitoyables de toutes. Nous n'avons plus aujourd'hui à redouter, au moins chez nous, de telles horreurs; mais, plus adouci, le fanatisme est encore à craindre. C'est lui qui cherche à flétrir, en les traitant d'athées, de fort honnêtes gens qui n'ont que le tort d'avoir sur la divinité des opinions particulières; c'est lui aussi, quelquefois, qui, au nom de la libre pensée, voudrait proscrire l'expression inoflfensive de convictions religieuses, respectables par leur sincérité. Son arme favorite est maintenant l'ironie; elle ne tue pas, sans doute, mais elle blesse, et elle blesse l'homme dans ce qu'il a de plus sacré, sa conscience.

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