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VII. — INFLUENCE MORALE ET SOCIALE DU SENTIMENT RELIGIEUX

Une société où le développement du sentiment re^ ligieux serait garanti par l'absolu respect de tous ne ferait d'ailleurs qu'appliquer le précepte essentiel de la justice. Ce sentiment ne demande pas autre chose et n'a pas droit à autre chose. Il sort de son rôle et

devient injuste à son tour, s'il prétend subordonner à ses exigences les droits de la famille et les lois de l'État. Il est des gens qui s'imaginent que la liberté de leur conscience est violée parce que la religion qu'ils professent ne jouit pas d'une protection privilégiée et d'un patronage officiel et exclusif. Ils ne s'aperçoivent pas qu'ils font à la conscience de ceux qui ne pensent pas comme eux ce qu'ils ne voudraient pas que l'on fît à la leur. Ainsi entendu, ainsi éclairé et comme dirigé dans son expansion par l'idée du juste, le sentiment religieux, quelles que soient les divergences qui puissent exister sur la nature de son objet, est un ;^ puissant auxiliaire pour le progrès moral et social. Il î- soulève les âmes au-dessus des préoccupations trop I étroites de cette vie, et les unit dans la pensée et dans I l'amour de l'idéal: Une société qui, sans violer d'ailleurs trop gravement la justice, et en pratiquant ; suffisamment la charité, s'absorberait tout entière dans f la poursuite du bien-être matériel, ou l'étude des sciences positives, risquerait de laisser peu à peu tarir en elle les sources de l'enthousiasme, du dévouement, des inspirations supérieures ; un lent abaissement des caractères pourrait s'ensuivre, qui aurait pour conséquences de tragiques mécomptes le jour où un suprême effort deviendrait nécessaire. Nous ne prêchons pas le mysticisme ; nous ne voulons pas que le sentiment religieux, exalté à l'excès, conduise au mépris des devoirs domestiques et civiques ; nous estimons, bien au contraire, que l'âme vraiment pieuse est celle qui , les remplit tous avec un redoublement de scrupule;

nous n'entendons pas, en un mot, que personne se désintéresse ici-bas de la vie présente et de la patrie terrestre; mais nous verrions un grave danger de déchéance morale, si l'homme en venait à oublier définitivement, qu'il est aussi, selon le beau mot de Platon, (( une plante du ciel ».

RESUME

L — Le premier de tous les devoirs envers la divinité est de s'en faire une idée qui ne soit pas indigne d'elle. Le superstitieux offense Dieu quand il le suppose cruel, jaloux et vindicatif. Sans doute, il faut craindre Dieu; mais il faut encore plus l'aimer.

II. — Les divers sentiments religieux se confondent dans Y adoration. L'adoration se traduit par le culte intérieur et par le culte extérieur. La loi protège en France la liberté des cultes.

IIJ. — Le culte consiste surtout dans la prière. La prière ne doit demander à Dieu que des choses justes et raisonnables. La meilleure des prières est celle où l'homme exprime son amour delà perfection morale et sa ferme intention d'y tendre de toutes ses forces.

IV. — H espérance est la confiance en la bonté et la justice divines. Elle est un devoir.

V. — Il en est de même de la charité, qui fait qu'on aime les autres hommes, parce qu'ils sont aussi les créatures et les enfants de la bonté divine.

VI. — Les devoirs religieux supposent le pouvoir de les remplir, c'est la liberté de conscience. Le mot de tolérance employé pour la désigner est trop faible : c'est respect qu'il faudrait dire.

La liberté de conscience s'étend à toutes les manifestations du sentiment religieux par la parole et par les écrits. Elle s'appliquepar conséquent au culte extérieur pourvu qu'il ne soit pas contraire aux lois et auxbonnes mœurs.

Il n'y a plus à redouter les horreurs occasionnées jadis par le fanatisme. Mais il se manifeste parfois encore sous forme de calomnie à l'égard des gens qui, par exemple, professent la libre -pensée. Réciproquement les libres penseurs ont quelquefois le tort de se montrer intolérants ou ironiques à l'égard des croyants^

VII. — Le sentiment religieux est un puissant auxiliaire pour le progrès moral et social. Il élève l'âme, soutient les caractères, excite l'enthousiasme et inspire de nobles dévouements.

Ouvrages à consulter

Jules Simon, Le Devoir, {i" partie, ch. iv.)

Id. La Religion naturelle,

A. Franck, Philosophie du Droit civil. (Gh. xxiii, xxiv.) E. Beaussire, Principes de la Morale. (L. IV.)

Id, Principes du Droit. (L. 111, ch. v, § v.)

Paul Janet, La Morale. (L. III, ch. xii.) Ch. Waddington, Dieu et la Conscience, (r* partie, eh. m.)

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