LA RESPONSABILITÉ
y a des hommes naturellement bègues ou idiots, et des caractères, même extérieurs, les feraient reconnaître du premier coup par un œil exercé. — Les recherches de ce genre sont encore trop incomplètes et les résultats trop incertains pour qu'on puisse leur accorder quelque crédit. D'ailleurs une tendance, même innée, au crime n'entraînerait pas l'abolition complète de la responsabilité. Le libre arbitre pourrait subsister, affaibli, et îivec lui, une responsabilité moindre.
Si la liberté et la conscience morale étaient entièrement absentes, alors seulement la responsabilité serait nulle. Mais en ce cas, on aurait véritablement affaire à des malades, non à des criminels.
: Dans ces derniers temps encore, les curieuses expé- J^riences sur la suggestion ont soulevé un délicat problème de responsabilité. On sait qu'une personne, endormie d'une certaine manière par une autre, peut, si son tempérament s'y prête, subir à ce point l'influence de la volonté de l'opérateur, qu'elle exécutera, saussaie voir pourquoi, poussée par un besoin irrésistible, ce qui lui aura été suggéré pendant son sommeil. On peut L commander une action qui ne doit être accomplie pqu'au bout de plusieurs mois; au jour, à l'heure fixés, la suggestion apparaît, et le sujet, malgré sa résistance, obéit, contraint par une force inconnue. Si ces faits |sont exacts, il est évident qu'un crime commis en de îlles circonstances ne saurait être imputé à son auteur; |e vrai coupable est celui qui l'a suggéré. Mais le sujet 5st sans excuse pour s'être prêté à l'expérience, s'il sarait qu'elle aurait pour résultat de livrer sa liberté à la
merci d'une volonté étrangère. Le premier devoir d'un être libre est de se maintenir libre.