‹ De l'educationChapitre 20 sur 178 · IV. — LE MÉRITE ET LEDÉ MÉRITE · texte numérisé non relu

IV. — LE MÉRITE ET LEDÉ MÉRITE

Le mérite et le démérite découlent de la responsabilité. Une vérité pour nous évidente, c'est qu'un être qui conforme en tout sa conduite à l'idéal moral ne peut pas être, pour cela, définitivement et pour toujours malheureux, qu'un être au contraire qui veut et fait le mal, sachant que c'est le mal, ne peut pas trouver comme conséquence de sa perversité même, une vraie et inaltérable félicité. Un sentiment impérieux de justice exige que l'homme de bien soit récompensé et le méchant puni. L'ordre des choses nous paraîtrait absurde, si la vertu n'était liée par un rapport nécessaire au bonheur, et le malheur au vice. Le mérite est le droit de la vertu au bonheur; le démérite, c'est le malheur qui doit tôt ou tard châtier une volonté révoltée contre la loi du devoir.

Hâtons-nous d'ajouter que ces idées de mérite et de démérite ne sont nullement en désaccord avec le désintéressement qui est le caractère essentiel d'une bonne volonté. Faire le bien uniquement en vue d'une récompense et pour éviter d'être puni, n'est pas vej tu, mais calcul d'égoïste. Aussi faut-il pour qu'une conduite soit vraiment méritoire, qu'elle n'ait pas été inspirée par de tels motifs. Le bonheur, conséquence de la moralité, ne peut être espéré que par ceux qui ne l'auront pas exclusivement poursuivi. Spinoza a pu même dire, après

LA RESPOISSABILITÉ. 51

Sénèque, que la vertu est à elle-même sa propre récompense. Ce n'est donc pas l'homme vertueux qui demande son salaire : c'est la conscience du genre humain, c'est a Justice éternelle, (jui le réclament pour lui.

I. — La responsabilité est la conséquence de la liberté et de la conscience du bien et du mal.

Elle croît ou décroît selon le degré de liberté de l'agent, et aussi selon que sa conscience est plus ou moins éclairée et développée.

Les enfants et les fous ne sont pas responsables.

II. — La responsabilité n'existe pas non plus pour les actions accomplies dans des accès de délire, de somnambulisme, de fièvre chaude, etc.

Il n'en est pas de même des actions faites sous l'empire des passions et des habitudes. D'abord la volonté a quelque pouvoir sur ces mobiles; ensuite on aurait pu et dû ne pas leur laisser prendre un empire absolu. L'ignorance et le défaut d'éducation ne sont excusables que dans une certaine mesure.

III. — La doctrine qui prétend décharger les criminels de toute responsabilité, parce qu'ils seraient naturellement et par hérédité organisés pour le crime n'est rien moins que prouvée. D'ailleurs une tendance innée ne supprime pas complètement la liberté, ni par suite la responsabilité.

La responsabilité d'un acte accompli par un sujet hypnotisé incombe à Fauteur de la suggestion. Le sujet est également responsable, s'il a consenti à l'expérience, sachant qu'elle aurait pour résultat de livrer sa liberté à la merci d'une volonté étrangère.

IV. — Le mérite et le démérile découlent de la responsabilité. Un sentiment impérieux de justice exige que celui qui a fait librementle bien obtienne le bonheur, c'est-à-dire soit récompensé; et que celui qui a fait volontairement le mal éprouve de la peine, c'est-à-dire soit puni.

Ces idées de mérite et de démérite ne sont pas en désaccord avec le désintéressement, qui caractérise le bien moral. L'homme vertueux ne demande point son salaire ; mais la conscience humaine et la justice éternelle le réclament pour lui.

Ouvrages à consulter :

PaulJanet, L« Morale. {L. lll, ch. xi.) LÉVY Bruhl, L'Idée de responsabilité.

Henri Mauion, Leçons de morale. (2* leçon.) L. Carrau, La Conscience psychologique et morale dans rindividii et dans V histoire. (Ch. ii et ni.)

Page 1