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AUTRES PREUVES DE LA LIBERTE

Elle l'est encore, mais indirectement, par d'autres faits dont on ne saurait contester l'existence, et qui, sans elle, seraient inexplicables.

La satisfaction intérieure qui accompagne la conscience d'avoir fait une bonne action, le remords que nous éprouvons à la suite d'une action mauvaise, seraient absurdes si nous n'étions pas libres de vouloir le bien ou le mal. Ni l'animal ni le fou n'ont de remords après avoir tué.

Nous estimons l'homme vertueux, nous méprisons le criminel. Quelle injustice, si ni l'un ni l'autre n'étaient libres ! On n'estime pas un arbre qui porte de bons

fruits, on ne méprise pas une bête malfaisante. Estime ^t mépris ne s'adressent qu'à l'agent dont la conduite aurait pu être différente ou contraire de ce qu'elle est. Les hommes échangent entre eux des promesses, ils s'engagent par des contrats. Le pourraient-ils, s'il ne dépendait pas d'eux d'y rester fidèles? Supprimez la .liberté, les engagements reviennent à ceci : je promets de faire telle chose ; mais il n'est pas en mon pouvoir de promettre ou de ne promettre pas, de tenir ma promesse ou de ne pas la tenir.

Toutes les sociétés ont des lois pénales et des juges . qui les appliquent. Mais punir est tout autre chose que t mettre dans l'impuissance de nuire. La punition sup- ^ pose que le coupable a commis librement la faute ou le crime et aurait pu, s'il eût voulu, s'en abstenir. Elle I: suppose aussi que, par la douleur qui lui est infligée, il pourra se repentir et prendre la résolution de s'amender. Elle suppose enfin que ceux qui seraient tentés de faire comme lui en seront détournés par le spectacle du châtiment, et rentrant en eux-mêmes se proposeront d'obéir désormais à des motifs moins égoïstes et moins pervers. L'idée de punition est donc inséparable de <^dle de liberté. Nous l'avons dit, on ne punit pas un fou furieux, un chien enragé; on tue l'un, on enferme l'autre, parce qu'ils sont dangereux, non parce qu'ils sont coupables.

Une autre preuve de la liberté pourrait être tirée du fait même que nous croyons être libres. Supposons que cette croyance fût une illusion; d'où nous viendrait- *îlle? Il est trop clair qu'elle ne peut nous venir de la

connaissance que nous avons du monde extérieur ou des animaux ; car nous ne leur attribuons pas le libre arbitre comme à nous-mêmes. Mais si nous-mêmes n'étions pas libres, nous n'aurions jamais pu nous élever à l'idée d'un être libre. Nous aurions conscience de nous-mêmes, mais nous aurions conscience en même temps de ne pouvoir nous déterminer autrement que nous ne le faisons.

La possibilité de se croire libre implique nécessairement l'existence du libre arbitre. D'ailleurs une illusion se dissipe à la longue par le progrès du savoir, de la réflexion, de la civilisation. Or il ne semble pas que l'homme soit moins disposé qu'autrefois à se croire libre. Au contraire, à mesure qu'il s'éloigne de l'ignorance et de la. barbarie, se développe en lui la conscience de sa liberté. Elle se dégage graduellement des préjugés, des superstitions, de la servitude que la nature à l'origine faisait peser sur lui. Elle s'affirme dans l'ordre social et politique parla revendication des droits qui ne peuvent appartenir qu'à une personne libre, par un respect croissant pour l'indépendance et la dignité de la personne morale. La civilisation, sous toutes ses formes, n'est qu'une marche en avant du genre humain, par la liberté, vers la liberté.

Une dernière preuve est donnée par l'existence de la morale : nous l'avons indiquée plus haut. On peut dire que l'affirmation de la liberté est le premier devoir. En effet, l'homme a le devoir d'agir conformément aux règles de la morale. Mais s'il niait son libre arbitre, il ne pourrait plus, sans se mettre en contradiction avec

lui-même, se considérer comme un être moral, c'està-dire soumis à la loi du devoir, puisque le devoir ne peut s'imposer qu'à un être libre. Mais ne plus se considérer comme un être moral, c'est se déclarer soustrait à la loi du devoir, c'est nier pour soi-même l'obligation du devoir, ce qui revient à se révolter contre lui. Le premier devoir est donc bien de se croire capable d'obéir au devoir, c'est-à-dire de se croire libre.

Mais on ne croit pas toujours comme on veut. S'il était invinciblement démontré que la liberté n'existe ni n'est possible, l'embarras serait grand, et quelquesuns pourraient être tentés de renoncer à la morale. D'où la nécessité d'examiner rapidement les principales objections proposées par les adversaires de la liberté.

RÉSUME '

I. — L'enfant ne tarde pas à considérer certaines actions comme bonnes et dignes de louanges, et d'autres comme mauvaises et blâmables. L'éducation ne suffit pas pour expliquer cette distinction, qui est primitive et essentielle à la nature humaine.

Le discernement du bien moral et du mai moral suppose, en outre, la liberté ou libre arbitre. Nous n'attri-

1. Les numéros des alinéas, dans tous les résumés, correspondent aux numéros des subdivisions des leçons.

buons aucune moralité aux actes des êtres privés de raison, parce que ces actes n'ont pas été voulus.

II. — L'homme a conscience de sa liberté; il sent qu'il a le pouvoir d'accomplir des actes libres. Ce sentiment intime est le meilleur des témoignages en faveur de la liberté.

L'acte libre ou volontaire ne consiste essentiellement ni dans l'intelligence des motifs qui nous sollicitent à agir, ni dans la comparaison qui s'établit entre ces motifs et qui est la délibération. Il consiste dans la détermination prise, après comparaison entre plusieurs solutions jugées possibles. Si une cause extérieure «empêchait laccomplissement de l'acte résolu, la liberté n'en existerait pas moins.

III. — La satisfaction morale et le remorc/s seraient absurdes sans la liberté. Ils n'existent pas chez les êtres privés du libre arbitre.

Nous éprouvons de Vestime pour les honnêtes gens •et du mépris pour les hommes vicieux : ces deux sentiments seraient inexplicables sans la liberté.

Sans la liberté, les promesses et les contrats n'auraient, de même, aucune signification.

Toutes les sociétés ont des lois pénales; or l'idée de ^punition est inséparable de l'idée de liberté.

Preuve tirée de la croyance même de l'homme en sa liberté : s'il n'était pas libre, il ne pourrait s'élever à ridée d'un être libre; si la conscience de. cette liberté n'était qu'une illusion, elle disparaîtrait comme les autres préjugés sous l'influence du progrès. C'est le contraire qui a lieu : on respecte de plus en plus les

droits civils et politiques qui ne peuvent appartenir qu'aux personnes libres.

Enfin l'idée même du devoir ou loi morale ne se comprend pas sans la liberté. Le premier devoir d'un *Hre soumis à cette loi est l'affirmation de sa liberté.

Ouvrages à consulter

Jules Simon, Le Devoir. (1'" part., ch. i.)

Paul Janet, La Morale. (L. III, ch. vl)

Emile Beaussire, Les Principes de la morale. (L. I, ch. i, ii;

1. II, ch. I.) Renouvier, Science de la morale. (L. I, 1'"'' section, ch. i et n.) Marion, Leçons de morale. (2« leçon.) FONSEGRIVE, Essai sur le Libre arbitre. (2« part., 1. II, ch. ni.)

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