‹ De l'educationChapitre 22 sur 178 · T.K REMORDS · texte numérisé non relu

T.K REMORDS

Le sentiment qui résulte immédiatement chez l'agent, de la coriscience d'avoir violé la loi morale s'appelle le remords. Le remords est une souffrance dont l'intensité est souvent proportionnelle à celle du plaisir illégitime dont la poursuite a été le motif de la volonté perverse. Nous avons donc ici la même contradiction apparente que nous signalions tout à l'heure en parlant de la joie intérieure, conséquence de l'accomplissement du devoir» La douleur du remords peut, dans certains cas, faire équilibre à toutes les jouissances de la sensualité et de l'égoïsme satisfaits. « C'est un châtiment cruel, dit Juvénal,... que de porter jour et nuit dans sa poitrine son propre accusateur. » Et Lucrèce observe que, poussés par le remords, des criminels sont allés jusqu'à se dénoncer eux-mêmes. L'hallucination qui présente parfois au meurtrier l'image sanglante de ses victimes, prouve quel trouble mental peut enfanter le remords. Les poètes dramatiques en ont tiré des effets saisissants. C'est Oreste qui se croit poursuivi par les Furies :

Mais quelle épaisse nuit tout à coup m'environne? De quel côté sortir? D'où vient que je frissonne?

1. Nous nous permettons d'emprunter ce passage à notre livre sur la Mo'^ale utilitaire (couronné par l'Institut et par l'Acarlémie françaisej^"

Quelle horreur me saisit? Grâce au ciel j'entrevois... Dieux ! quels ruisseaux de sang coulent autour de moi ?

Hé bien! filles d'enfer, vos mains sont-elles prêtes? Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes? A qui destinez-vous l'appareil qui vous suit? Venez-vous m'enlever dans l'éternelle nuit* ?

C'est Macbeth, devant qui se dresse, au milieu d'un festin le spectre de Banquo ; c'est lady Macbeth voyant toujours sur sa petite main blanche une tache de sang que toute la mer ne pourrait laver; c'est Richard III, qui la nuit d'avant la bataille où il perdra son royaume et sa vie, voit défiler tous les innocents qu'il a fait mourir pour s'assurer le trône. Il faut relire cette scène: aucun moraliste n'a été aussi grand que ne l'est ici Shakespeare :

(( L'ombre du prince Edouard, fils de Henri VI, a Richard. — Que demain je pèse sur ton âme. Souvienstoi que tu m'as poignardé dans la fleur de ma jeunesse à Tewksbury ; désespère donc et meurs !

v( L'ombre du roi Henri VI a Richard. — Lorsque j'étais mortel, mon corps oint du seigneur fut percé par toi de mille coups mortels. Pense à la tour et à moi. Désespère et meurs ! Henri VI te dit : Désespère et meurs!...

(( L'ombre de Glarence a Richard. — Que demain je pèse sur ton âme, moi, qui fus noyé dans du méchant vin, pauvre Glarence mis à mort par ta trahison ! Demain dans la bataille pense à moi et que ton épée tombe émoussée ! Désespère et meurs !

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