‹ De l'educationChapitre 26 sur 178 · V. — SANCTION 1»LS LOIS PÉNALES · texte numérisé non relu

V. — SANCTION 1»LS LOIS PÉNALES

*Les tribunaux disposent aussi de sanctions; mais elles sont plus insuffisantes encore que toutes celles qui précèdent. La loi ne récompense pas ; elle punit bien certains manquements à la loi morale, mais non pas tous : ceux-là seulement qui portent atteinte aux droits légaux des citoyens ou à la sécurité publique. Le juge n'est

d'ailleurs pas infaillible ; il peut frapper l'innocent et absoudre le coupable. Enfin lui non plus ne saurait tenir un compte rigoureux de l'intention ; les consciences lui sont fermées, et il ne peut guère apprécier que ce qu'on appelle la matérialité des actes.

Si toutes les sanctions humaines sont impuissantes à assurer toujours entre le bonheuretla vertu, laperversité et le malheur, cette proportion exacte que notre raison proclame nécessaire, on doit admettre, avec la tradition du genre humain et les plus grands moralistes de tous les temps, une sanction suprême et parfaite, dans une autre vie. Nous n'avons ici ni à démontrer l'immortalité ni à en déterminer les conditions. Peut-être même l'homme ne saurait-il arriver sur ces hautes questions qu'à des probabilités, et Kant a pu dire que la vie future doit rester une espérance, car si elle était démonstrativement certaine, la vertu risquerait de n'être plus qu'un calcul et de perdre tout mérite.

Cependant, pour ne parler que de l'expiation à venir, ' « la méconnaissance volontaire d'un idéal obligatoire, le mépris délibéré, persévérant, de la loi morale, constituent un désordre qui ne saurait être définitif.

« Si l'activité libre existe en vue du bien, réciproquement l'essence de ce bien, c'est d'être progressivement réalisé par toutes les libertés. Une liberté qui se souçtrait à cette obligation (et elle le peut puisqu'elle est liberté) contredit par cela même et détruit, autant qu'il est en elle, l'essence du bien; elle déconcerte, par sa révolte, l'ordre absolu du royaume des esprits. L'anéantissement de cette liberté, ce serait donc un démenti

sans réplique à la vérité du devoir, la loi suprême du monde moral éternellement violée. Eternellement encore, ce qui doit être ne serait pas; l'absurde et le contradictoire triompheraient dans le domaine delà raison pratique. Il ne se peut donc que tout se termine à la mort pour le méchant ; il faut que par le repentir et l'expiation volontaire, il fasse amende honorable et glorifie sans fin l'ordre un instant troublé par sa perversité. Il y va de la moralité de l'univers, et, si l'on ose dire, de la sainteté même de Dieu*.»

RÉSUMÉ

& I. — On appelle sanction d'une loi un système de peines ou de récompenses attachées à la pratique ou à la violation de cette loi.

La loi morale a aussi ses sanctions.

Quand nous avons suivi l'impulsion de notre con-

^ science, nous éprouvons une satisfaction intérieure d'autant plus vive que le sacrifice a été plus grand.

3'outefois les joies de la conscience ne compensent pas

^toujours les efforts ou les sacrifices commandés par le devoir. Ce serait d'ailleurs rabaisser le devoir que d'en faire, dès cette vie, la condition unique du bonheur.

1. Nous empruntons ces lignes à un Mémoire lu par nous devant l'Académie des sciences morales et politiques et intitulé : Étude critique sur les arguments du Phé^on, de Platon, en faveur de Vimmortalité de Vâme humaine (chap. iv).

II. — -Quand l'homme a violé la loi morale, il éprouve une souffrance appelée remords, dont l'intensité est proportionnelle à la gravité de la faute commise. Plusieurs écrivains ont fait une peinture terrible du remords. Mais, si poignant qu'il soit, il n'est pas une expiation suffisante. Il finit même par s'affaiblir et s'éteindre chez les personnes qui ont l'habitude du mal.

III. — Une vie réglée et honnête est récompensée par la santé. Les maladies et quelquefois la mort prématurée punissent les hommes livrés aux passions sensuelles. Mais ces sanctions sont loin d'être constantes. Ainsi, il peut arriver que l'homme vertueux soit condamné à la maladie et à la souffrance par son tempérament et qu'une constitution robuste permette à l'homme vicieux de se livrer impunément à tous les excès.

IV. — \! estime qui s'attache au mérite et lé mépris encouru par les malhonnêtes gen» constituent une autre sanction. Elle n'est pas non plus entièrement suffisante, parce que l'opinion publique peut se tromper dans ses jugements et qu'elle ne s'applique guère qu'aux actions extérieures. Les intentions lui échappent souvent. D'autre part, les personnes perverses, « qui ont bu toute honte », ne sont plus sensibles au mépris.

V. — Les sanctions des lois pénales sont encore plus insuffisantes. Leur domaine est restreint, et les juges ne sont pas infaillibles.

Conclusion :

Les sanctions humaines étant impuissantes à récompenser tout le bien et à punir tout le mal, et, par suite

à satisfaire notre besoin inné de justice, il faut une sanction suprême dans une autre vie.

L'immortalité de l'âme est réclamée par la raison et par la conscience morale.

Paul Janet, L« ifora/e. (L. III, ch. ii.)

Idem, La Philosophie du bonheur.

Renouvier, Science de la morale. (L. II, 3^ section.)

Beaussire, Principes de la morale. (L. IV, ch. m.)

Marion, Leçons de morale. (13« leçon.)

L. Carrau, La Morale utilitaire. (Part: II, 1. 1, ch. vni et ix.

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