LES DEVOIRS, LES VERTUS DEVOIRS DOMESTIQUES
Sommaire. — I. Les devoirs, les vertus. — II. Classification des devoirs et des vertus. — III. Devoirs domestiques. La famille. — IV. Principaux types de la famille. — Y. Devoirs des époux outre eux.
Nous avons dit ce que l'on doit entendre par le devoir ; c'est l'obligation de se conformer à Tidéal de perfection conçu par la conscience ; ou, plus simplement, d'obéir à la loi morale.
Les devoirs, ce sont ces prescriptions obligatoires particulières résultant pour Thomme des relations qui xistent entre lui et les autres êtres, ou entre ses diffé- 'ente? facultés et sa volonté libre, en tant que celle-ci
est capable de donner au développement de ces facultés telle ou telle direction. — La seconde partie de cette définition sera expliquée tout à l'heure quand nous parlerons des devoirs personnels.
La vertu est cette disposition acquise, ou habitude, qui résulte pour l'homme de la pratique constante du devoir.
Les vertus sont ces dispositions ou habitudes particulières qui résultent pour l'homme de la pratique constante des devoirs particuliers.
En grec et en latin le mot qui exprime ce que nous entendons par la vertu est synonyme de force. En français, nous disons de même les vertus des plantes, pour désigner les propriétés actives de certains végétaux. C'est qu'en effet, l'idée de vertu morale implique nécessairement celle d'une force. Cette force est celle de la volonté luttant, pour se conformer à la loi morale, contre les tendances égoïstes de notre nature, les suggestions de l'intérêt, ou des habitudes mauvaises déjà prises. La vertu suppose donc la lutte souvent douloureuse, l'effort toujours tendu, et c'est par là qu'elle est méritoire.
' Une difficulté se présente ici. On sait que l'habitude a pour effet de rendre à mesure les actions plus faciles, au point qu'on en arrive à accomplir sans y penser ce qui a d'abord coûté le plus de pçine. Il semble donc que la vertu étant une habitude, doive devenir de plus en plus aisée à pratiquer, et, par suite, de moins ei¥ moins méritoire ; de sorte qu'au degré le plus élevé d^ vertu, l'efïort, et le mérite qui en est la conséquence,.
seraient tombés au minimum. — Mais d'abord, on aurait toujours le mérite des efforts antérieurs; de même que la responsabilité remonte jusqu'à l'origine même de l'habitude mauvaise, de môme, pourrait-on dire, le mérite qui est au commencement de l'habitude bonne, se transmet, sans se perdre, jusqu'aux plus lointaines conséquences de l'effort primitif. Puis, par la nature même de l'idéal moral, il est manifeste que I l'œuvre d'une volonté qui veut faire tout le devoir ne ' saurait être jamais achevée. Toujours, il reste quelque vertu à conquérir, ou quelque degré supérieur de vertu à atteindre ; et la volonté qui, satisfaite de la perfection où elle est parvenue, cesserait de faire effort pour s'élever plus haut, cesserait, par cela seul, d'être une bonne volonté. L'homme n'a donc pas à redouter que la matière ou les occasions de mérite lui fassent défaut. Une pareille crainte serait le comble de l'orgueil et de l'aveuglement, et dénoncerait un niveau très inférieur de moralité.
n. — CLASSIFICATION DES DEVOIRS ET DES VERTUS
Puisque les devoirs particuliers et les vertus partiilières résultent des relations diverses qui existent mtre l'homme et les autres êtres, une classification des Ivertus devra se fonder sur la nature même de ces relations. Il va sans dire qu'on ne considère ici que les relations les plus générales, celles qui s'imposent à tout homme, par cela seul qu'il est raisonnable et libre, qu'il fait partie d'une famille, d'une nation, de Thu-
manité, de l'univers. De toutes ces relations, les premières en date sont celles qui unissent l'individu à sa famille. Pelles donnent naissance aux devoirs et aux vertus domestiques.
Puis, l'individu connaît qu'il vit et doit vivre en communauté avec ses semblables. De là les relations sociales, les devoirs sociaux et les vertus qui leur correspondent.
Autour de lui, l'individu trouve également des êtres qui ne sont pas ses semblables, parce qu'ils ne sont ni raisonnables ni libres, mais qui possèdent certaines facultés analogues aux siennes, par exemple, la faculté de jouir et de souffrir. Tels sont les animaux, surtout les animaux supérieurs. L'homme aura donc aussi des devoirs envers eux.
Si l'individu vit et se développe au milieu de la société de ses semblables, il est rattaché par des liens particulièrement étroits au groupe de ses concitoyens. L'ensemble de ces relations détermine les devoirs et les vertus civiques.
L'individu, avons-nous dit, par cela qu'il est libre, peut donner à ses facultés telle ou telle direction. Il a la faculté d'aimer et il peut attacher son amour à telles choses de préférence à telles autres ; il a la faculté de connaître, mais il peut la laisser dans l'ignorance ou l'exercer, la perfectionner, l'appliquer à l'étude de la nature, de l'histoire, dé la philosophie, etc. On comprend ainsi que l'homme puisse être regardé comme étant en relations avec lui-même, car sa sensibilité, son intelligence, toutes ses facultés, doivent être déve-
loppées, par l'effort de sa volonté libre, conformément à l'idéal moral. Il a donc des devoirs envers lui-même; il y a donc une classe de devoirs dits personnels et une classe de vertus correspondantes.
Enfin, l'homme se pose nécessairement certaines questions relatives à son origine et à celle de l'univers ; sa raison conçoit que ni lui-même, ni l'ensemble des choses et des êtres qui l'entourent, ne sauraient s'être faits tout seuls. Il s'élève ainsi à l'idée d'une cause première, infiniment puissante et infiniment bonne, de la nature et de l'humanité. Il ne se peut qu'ayant l'idée d'un être qui l'a créé, il ne se sente pas en rapport avec lui. De là une nouvelle et dernière classe de devoirs, les devoirs religieux, de là les vertus religieuses, qui résultent de la pratique de ces devoirs.