IIL — DEVOIRS DOMESTIQUES. LA FAMILLE
La famille est une société naturelle, composée essentiellement du père, de la mère et des enfants.
La famille a dû existe*r dès l'origine même de l'humanité. Quelques auteurs l'ont contesté ^ mais à tort. L'enfant vient au monde, dans l'incapacité absolue de pourvoir aux besoins les plus impérieux de l'existence. Sans la mère, il périrait immédiatement. La mère elle-même pendant les premiers jours qui suivent la crise de la maternité, est à peu près inca-
1. Lucrèce, dans l'antiquité, et de nos jours M. M'Lennan. MM. Tylor et Sumner Maine ont réluté sur ce point M. M' Lennan.
pable d'affronter les dangers et les fatigues que supposent, au début du genre humain, la recherche de Taliment et la conquête d'un sûr abri. La mère aurait donc à peu près infailliblement péri avec son nouveau-né, si le père n'eût été là pour la nourrir et protéger ces deux faiblesses. L'espèce humaine eût été anéantie au berceau. Mais il est difficile d'admettre qu'une fois formés par une communauté prolongée d'existence et de périls, les liens domestiques se soient tout à fait rompus, que père, mère et enfant, après les premières années de celui-ci, soient devenus entièrement étrangers les uns aux autres. Certains animaux donnent des témoignages d'affections paternelle et maternelle fort vives : veut-on que l'humanité primitive ne les ait pas connues? Que l'amour réciproque des époux, l'amour de tous deux pour l'être qui leur doit la vie, aient été comme une invention ultérieure, une habitude lentement acquise dans le cours des générations? Non, le cœur humain n'a pas été d'abord absolument vide de toute tendresse ; dès qu'il a commencé de battre, il a battu sous l'émotion de ces sentiments sacrés. Et si quelques voyageurs ont cru, chez quelques peuplades sauvages, constater l'absence de la famille et des affections qui la fondent et la perpétuent, nous verrons là, non l'image fidèle des premiers humains, mais la dégradation de races condamnées à bientôt périr.