I. — PRELIMINAIRES
Les devoirs des enfants envers leurs parents sont déterminés par les bienfaits qu'ils en reçoivent. Or ces bienfaits sont en quelque sorte infinis. Les enfants doivent à leurs parents la vie et la conservation de la vie, car, ainsi qu'on l'a remarqué, l'homme est de tous les animaux celui qui, à sa naissance, est le plus incapable de se suffire à lui-même.
Certains philosophes, appelés pessimistes, soutiennent
Lgue la vie est un mal; ainsi l'homme, d'après eux,
[evrait maudire ses parents de l'avoir appelé à l'exis-
jnce. Cette conséquence, qui révolte le sentiment
icré de la piété filiale, suffirait, s'il en était besoin, à
Réfuter une telle doctrine. Nous ne nous attarderons pas
à démontrer que la vie est un bien. Pour le moraliste^ d'ailleurs, cela ne fait pas question. Fût-il prouvé par rexpérience du genre humain que dans la vie la somme des douleurs l'emporte d'ordinaire sur celle des plaisirs (c'est là la thèse de Schopenhauer et de Hartmann), il resterait encore qu'elle est l'indispensable condition de la moralité. Or faire le devoir, tendre à la perfection morale, voilà pour un être raisonnable et libre, sinon toujours le bonheur ici-bas, au moins le bien suprême; un être capable de moralité, qui maudirait ce sans quoi la moralité serait éternellement impossible, maudirait donc la loi morale elle-même, et serait ainsi, par sa pensée et ses dispositions intérieures, absolument pervers.