II. — PIÉTÉ FILIALK
Auteurs de notre vie, nos parents doivent être pour nous l'objet d'un sentiment analogue à celui que le croyant éprouve pour Dieu même. Aussi la langue française a-t-elle gardé du latin la juste et belle expression de piété filiale. Platon disait de même que les parents sont les statues vivantes de la divinité. Certains philosophes, par exemple M. Herbert Spencer, soutiennent même que le culte des ancêtres est l'origine de toute religion.
La piété liliale est un sentiment qui implique à la fois l'amour, la reconnaissance, le respect et l'obéissance. Ils ne semble pas au premier abord que l'amour puisse être obligatoire, car on n'est pas libre d'aimer ou de ne pas aimer. Mais avant d'être un devoir, l'amour
des enfants pour les parents est un besoin spontané du cœur. L'enfant, tout nourri de tendresse, s'attache, avant d'avoir conscience de lui-même, à ses parents. Ce sont eux qui ont attiré ses premiers regards, apaisé ses premières souffrances ; eux qu'il s'est habitué à appeler à son secours, qui ont soutenu ses premiers pas, eux dont le sourire dissipait ses premières terreurs. Si l'amour filial n'est pas épanoui avant toute réflexion, dans le cœur de l'enfant, on dit avec raison qu'il est dénaturé. C'est un monstre moral ; nous ne nous occupons pas des monstruosités.
L'amour naturel et spontané de l'enfant pour ses parents devient un devoir, et le premier des devoirs domestiques, dès que la réflexion commence. Alors l'enfant doit se représenter tout ce que ses parents ont fait et souffert pour lui, tout ce qu'ils feront et souffriront encore ; les soins et les sacrifices qu'exige son éducation physique, intellectuelle, morale, le surcroît de travail que s'impose son père, pour lui assurer l'avenir, les angoisses toujours renaissantes de sa mère dès qu'il semble menacé de quelque maladie, ses veilles, ses larmes secrètes, quand la maladie est venue. A partir de l'âge de sept ou huit ans, l'enfant est en état de comprendre tout cela, s'il le veut, et il doit le vouloir. Son amour s'accroît alors de sa reconnaissance. Il sent qu'il ne pourra jamais reconnaître assez tant de bienfaits, et tout en aimant avec autant de spontanéité et une effusion plus vive qu'autrefois, il doit songer déjà à payer autant qu'il le peut, de retour.