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III, — OBÉISSANCE ET RESPECT

Le peut-il? Il le peut, d'intention du moins par l'obéissance et le respect. L'obéissance dont il s'agit ici n'est pas celle qui consiste à exécuter avec une froide exactitude les ordres reçus. L'enfant obéissant est celui qui se conforme de cœur, une fois pour toutes et pour toujours, aux volontés, aux désirs les plus secrets de ses parents; car cette obéissance, faite d'amour, est clairvoyante, ingénieuse à deviner, et va au devant du désir même. La véritable obéissance ne transforme pas l'enfant en esclave ; elle le rend au contraire le collaborateur zélé, dévoué, joyeux, toujours prêt, des parents dans l'œuvre si délicate, si difficile et si complexe de l'éducation. Alors l'enfant trouve sa récompense, qu'il n'a pas cherchée, dans ses progrès. Le travail a pour lui moins d'épines, ses défauts se corrigent presque d'eux-mêmes, et, façonné par une telle obéissance sur le modèle de son père et de sa mère, il est heureux du bonheur qu'il leur donne, comme il reçoit, sans le savoir, l'empreinte de leurs vertus.

L'obéissance de l'enfant sera-t-elle aveugle? Dans les premières années, elle le sera, car on comprendrait mal un enfant de trois ou quatre ans discutant ce qu'on lui commande ou ce qu'on lui défend. Mais dès qu'arrive l'âge du discernement, Tobéissânce est ce que nous venons de dire ; parce qu'elle ne discute pas, elle n'est pas aveugle pour cela. 11 peut arriver que plus tard la conscience morale de Tenfant, déjà formée

et scrupuleuse, proteste contre certains ordres qu'elle condamne invinciblement. Le respect doit alors venir au secours de Tobéissance aux abois. Dans ces cas, heureusement exceptionnels, on doit refuser d'obéir, pourvu que le respect entier, absolu, subsiste à l'égard du I caractère, malgré tout sacré, des parents. Un fils peut se ' refuser à une apostasie; mais alors même qu'il paraît désobéir, il obéit en réalité à ce père qui lui a appris ou a dû lui apprendre que mentira sa conscience est la suprême flétrissure.

Devenu adulte et chef de famille à son tour, le fils n'a plus que rarement l'occasion de remplir le devoir d'obéissance. Mais de l'amour, de la reconnaissance, du respect, rien ne saurait le délier. L'immoralité même des parents n'en dispense pas les enfants. Ici, et ici seulement, il leur est interdit à jamais de s'ériger en juges de la conduite et de punir la faute par le méprisa

1. Socrate s'étant aperçu que Lamproclès, l'aîné de ses lils, était irrité contre sa mère : « Dis-moi, mon enfant, lui demanda-t-il, sais-tu qu'il y a certains hommes qu'on appelle ingrats? — Je le sais, répondit le jeune homme. — Sais-tu donc aussi ce qu'ils font pour recevoir ce nom? — Oui; l'on appelle ingrats ceux qui ont reçu des bienfaits, et qui le pouvant, n'en témoignent pas de reconnaissance...

— Eh bien! où trouverons-nous jamais personne qui ait reçu plus de bienfaits que les enfants n'en reçoivent de leurs parents? Ce sont les parents qui les ont fait passer du néant à l'être, au spectacle de tant de merveilles, à la jouissance de tant de biens que les dieux ont ^onnés à l'homme ; et ces biens sont si précieux que tous, tant que

ms sommes, nous ne craignons rien tant que de les perdre.

« L'époux nourrit avec lui celle qui l'aide à devenir père ; il amasse d'avance pour ses futurs enfants tout ce qu'il croit devoir leur être utile durant leur vie, et il en fait la plus ample provision possible. La femme... nourrit et soigne, sans aucun retour, un enfant qui ne sait

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