DEVOIRS DES PARENTS ENVERS LES ENFANTS DEVOIRS DES FRÈRES ET SŒURS
Sommaire. — I. Devoirs envers les enfants. — II, L'éducation. — III. L'exemple. — IV. L'instrnction. — V. Devoirs des frères et sœurs entre eux.
Aux devoirs des enfants envers les parents, correspondent les devoirs des parents envers leurs enfants. Ils commencent, pourrait-on dire, avant la naissance même de ceux-ci. Le jeune homme et la jeune fille, en effet, avant de contracter mariage, doivent avoir réfléchi déjà à la manière dont ils élèveront leurs enfants. Sans doute, l'expérience, les conseils, la différence des caractères qu'il s'agira de former, pourront modifier leurs principes, et il ne serait pas bon d'apporter dans l'accomplissement de cette œuvre, toute de délicatesse et de tendresse, des idées préconçues et un système inflexible; mais c'est déjà un devoir, que de se représenter toute la gravité du devoir à remplir, d'en avoir
mesuré longuement l'importance et l'étendue, de s'être préparé à tous les genres d'abnégation qu'il exige.
Les parents, il est presque inutile de le dire, doivent à leurs enfants la nourriture et tous les soins nécessaires. Coupable serait l'ignorance des règles les plus simples de l'bygiène enfantine; un père, une mère, ne sauraient toujours s'en rapporter là-dessus au médecin ; ils doivent savoir au moins l'indispensable. Que d' enfanté malades, infirmes ou morts avant l'âge, parce que les parents ont négligé d'apprendre ou d'appliquer les éléments de cette science de l'hygiène qui, dans la plupart des cas, rendrait inutile le secours trop souvent tardif de la médecine !
Avec la nourriture et la santé, les parents doivent à leurs enfants l'éducation et l'instruction. L'éducation a pour objet la formation du caractère et la culture morale; l'instruction cultive l'intelligence en lui apportant les connaissances qu'elle doit posséder et les moyens d'en acquérir d'autres.
L'éducation se fait par le précepte et surtout par l'exemple. C'a été l'erreur de Rousseau et d'Herbert Spencer, de croire que l'enfant doit être livré presque entièrement aux conséquences naturelles de ses actes, et que les choses se chargeront toutes seules de discipliner sa volonté. Il veut s'approcher trop près du feu? Laissez-le faire : il se brûlera et ne sera plus tenté de recommencer. — Applicable en quelques rares cir-
constances, ce système a le défaut essentiel de soumettre la conduite de l'enfant à des sanctions qui ne sont pas proportionnées à la gravité de la faute, ne tiennent aucun compte de l'intention bonne ou mauvaise, et conduiraient au culte exclusif de la force aveugle et brutale. Il peut former des égoïstes prudents, non des êtres véritablement moraux.
Le précepte est positif ou négatif, selon qu'il commande de faire ou- de s'abstenir. Il faut toujours, dès que les enfants sont en âge de comprendre, que le précepte se justifie par une explication. L'ordre ou la défense n'auront plus ainsi les apparences d'un caprice tyrannique. La désobéissance volontaire sera inévitablement et aussitôt suivie de la punition annoncée. Appliquée sans retard, sans adoucissement et sans colère, celle-ci ressemblera fort à cesréactions naturelles vantées par Rousseau et Spencer, elle en aura les avantages sans en avoir les inconvénients.
C'est un des devoirs les plus péniblespour les parents que de se résoudre à punir. Résister aux prières, aux larmes, aux cris; ne s'emporter ni ne faiblir, se priver des caresses du coupable, affecter l'indifférence devant ses rancunes, voilà qui dépasse l'héroïsme de bien des mères, de bien des pères aussi. Pourtant, de cette fermeté d'une heure, dépend quelquefois l'avenir moral d'un enfant. Céder, c'est se condamner à céder encore et toujours, car une première faiblesse a révélé à l'enfant son pouvoir et il ne manquera pas d'en abuser : il sait le moyen de faire capituler les plus sévères résolutions. Un despote est installé au foyer domestique :
enfant mal élevé, d'abord, plus tard mauvais sujet ou quelque chose de pis.
Il est des cas cependant où il faudra pardonner. Gomment le faire sans paraître se déjuger et se contredire? Un discernement très délicat pourra seul apprendre aux parents si le repentir est sincère; s'il l'est, on adoucira la punition, mais en ayant soin de faire observer au coupable que si l'on change en n'appliquant pas la sanction dans toute sa rigueur, c'est qu'il a changé lui-même, puisqu'il déteste maintenant sa faute de tout son cœur. Il saura ainsi, pour en faire à l'égard d'autrui Tune des règles de sa conduite, que parmi les hommes, — à la différence de ce qui se passe dans la nature, — le repentir et la bonté font partie essentielle de l'ordre des choses. Ce que l'éducation doit chercher surtout à développer chez l'enfant, c'est l'énergie de la volonté. Aussi, sans aller jusqu'à la dureté, les parents doivent-ils se tenir en garde contre le système de l'éducation attrayante. Supprimer toute épreuve, tout effort; instruire en amusant, former le caractère par des lectures ou des récits qui captivent, enrichir sans même qu'il s'en doute, le cœur de toutes les vertus, voilà la prétention d'une certaine école de pédagogues ; elle est très en faveur auprès des parents, trop nombreux, qui trouvent dans une tendresse mal entendue, un prétexte pour se soustraire aux responsabilités et aux difficultés d'une méthode plus virile. Repoussons cette fausse philan* thropie qui brise par avance dans une jeune âme la faculté maîtresse, en lui épargnant toutes les occasions de vouloir ; ne craignons pas d'apprendre de bonne heure
^ à l'enfant que la vie n'est pas une perpétuelle partie de plaisir; qu'il fasse très vite l'apprentissage du travail douloureux, de l'attention obstinée, du courage qui ne se lasse pas; qu'il se doive à lui-même tout ce qu'il est. A ce prix seulement, il sera un homme. Le plaisir
? même aura pour lui plus de saveur, car on ne le goûte
> vraiment que quand on l'a mérité, comme récompense légitime de l'effort.
Mais une volonté énergique n'exclut ni la douceur, ni la compassion, ni les sentiments tendres et délicats. On est quelquefois trop porté à ne voir dans l'éducation qu'un moyen de se tirer d'affaire dans la vie, de triompher des obstacles, de conquérir, en dépit de tout, une position aisée ou brillante. Gréer et développer chez l'enfant une volonté forte, n'a d'autre objet pour bien des gens que de réaliser cet idéal tout pratique et utilitaire. Une sera pas celui de parents soucieux d'accom-
' plir tout leur devoir d'éducateurs. L'éducation de la sensibilité morale et esthétique doit accompagner celle de la volonté. L'enfant apprendra à s'émouvoir d'une souffrance étrangère, à soulager une infortune; son âme s'él^irgira par la plus compréhensive et la plus active sympathie. Il saura goûter le beau sous toutes ses formes, dans la nature et dans l'art ; il se sentira en communion avec l'humanité toute entière, même avec la vie animale et celle qui, peut-être, sommeille latente au fond des choses. Son vouloir, trempé par de Sévères épreuves, ne sera pas toujours tendu pour une lutte sans trêve, ou un gain sans mesure. 11 aura été initié aux nobles délassements, aux jouissances élevées
de l'esprit, aux jouissances plus élevées de la charité.