‹ De l'educationChapitre 40 sur 178 · III. — l'exemple · texte numérisé non relu

III. — l'exemple

A cette éducation vraiment libérale d'une âme vraiment humaine, le précepte ne suffit pas ; il y faut encore et surtout l'exemple. Le devoir des parents envers leurs enfants se résume donc à être eux-mêmes tels qu'ils veulent que ceux-ci soient plus tard. L'obligation est d'autant plus rigoureuse que la piété filiale de l'enfant le modèle comme d'instinct sur le père et la mère. Ce ne sont pas seulement les habitudes ; ce sont les gestes, les expressions du langage, les moindres détails de la personnalité physique et morale qu'il imite et reproduit, sans le savoir ni le vouloir. L'hérédité y est pour quelque chose; mais l'influence d'un commerce incessant, d'une tendresse réciproque, la disposition de l'enfant à voir dans ses parents des êtres infaillibles et parfaits, y sont pour presque tout.

Ce culte naïfdont ils se sentent l'objet, impose aux parents la nécessité de s'observer toujours, de veiller sur leurs paroles comme sur leurs actes, d'imprimer à leurs sentiments comme à leur conduite un caractère de pureté absolue. On l'a dit : le plus grand respect est dû aux enfants ; qu'est-ce donc quand il s'agit de ses enfants? Et respecter l'enfant n'est possible qu'à la condition de se respecter scrupuleusement soi-même.

Cette surveillance perpétuelle que les père et mère sont tenus d'exercer sur soi, ne risque-t-elle pas d'altérer par quelque contrainte la douce intimité de la vie

domestique? Si respecté, et si respectueux, l'enfant ne sera-t-il pas moins aimant et moins aimé? On semble quelquefois le craindre, et les parents ne sont pas rares qui vivent avec leurs enfants sur un pied d'égalité familière et de bonne camaraderie. C'est un excès blâmable, qui peut compromettre leur autorité sans retour. Il y a ici une mesure que l'affection, quand elle n'est pas aveugle ou superficielle, sait toujours trouver. Le respect, du côté des enfants, n'exclut ni la confiance ni l'abandon, ni l'amour; du côté des parents, il est la manifestation la plus haute d'une tendresse épurée, mais non affaiblie par le sentiment du devoir

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