IV. — l'instruction
Outre l'éducation, les parents doivent à leurs enfants l'instruction, c'est-à-dire le degré de culture intellectuelle qui est nécessaire pour occuper une place honorable dans la société.
Cette obligation n'est plus discutée aujourd'hui. On ne trouve plus guère personne, en France du moins, pour soutenir sérieusement que l'ignorance absolue vaut mieux que le savoir. On peut craindre qu'un demisavoir, en favorisant la présomption et l'orgueil, ne multiplie le nombre de ce qu'on appelle l^s déclassés : il est toujours possible de mal user des meilleures choses. Mais que l'instruction par elle-même soit un mal, voilà une thèse qu'on ne s'attarde plus à combattre.
Le devoir des parents est ici tellement tracé, que
chez plusieurs des nations les plus civilisées, il est inscrit dans la loi. En France, l'instruction primaire est obligatoire et de plus gratuite, ce qui enlève aux parents tout prétexte de résistance. En vain a-t-on parlé de la liberté du père qui ne doit pas être contraint de se séparer de son enfant, fût-ce pour l'envoyer à l'école : le droit, le seul droit véritable est ici celui de l'enfant qui doit être mis dès le jeune âge en mesure d'être plus tard un homme et un citoyen, ce qu'il ne saurait être sans un minimum d'instruction. Ajoutonsy le devoir qu'a l'État d'assurer la sécurité et la prospérité du corps social, pour qui des individus totalement ignorants sont un fardeau et un péril. La prétendue liberté du père cesse d'être respectable quand elle porte directement atteinte aux intérêts les plus chers de l'enfant elde la société.
Les parents ont-ils rempli tout le devoir quand ils ont, conformément à la loi, envoyé leurs enfants à l'école primaire jusqu'à treize ans? S'ils sont pauvres, ouvriers ou cultivateurs, oui sans doute; car il faut que l'enfant vienne, à son tour, contribuer par son travail aux ressources communes de la famille. Mais' s'ils le peuvent, ils ne doivent pas craindre de faire donner à leurs enfants une instruction plus complète. Y a-t-il danger, comme on le dit souvent, que ceux-ci, parvenus par le bénéfice de leurs études, à des positions sociales auxquelles leurs parents n'ont pu prétendre, ne rougissent d'eux et ne les méprisent? S'ils sont capables de sentiments si honteux, l'instruction qu'ils ont reçue n'y est pour rien : ce sont des âmes
naturellement viles, dont la bassesse se serait manifestée dans quelque condition que ce fût. Heureusement ces cas sont fort rares; presque toujours les enfants ainsi élevés au-dessus de leur sphère d'origino, payent par un surcroît de reconnaissance, les sacrifices de leur humble et héroïque famille. Celle-ci en reçoit une sorte de lustre, un tardif bien-être, et la société toute entière profite de ces talents, souvent plus vigoureux que ceux auxquels donnent naissance les classes moyennes ou supérieures.
Inutile d'ajouter que les parents doivent diriger leurs enfants dans le choix d'une carrière, faciliter autant que possible leurs débuts, leur prodiguer, dans toutes les circonstances importantes, les encouragements, les conseils et les secours. Le choix d'une carrière décidant de toute la vie, les parents sauront démêler une vocation sérieuse d'un caprice passager; ils pourront exiger de l'enfant une réflexion prolongée et approfondie, mais ils commettraient un abus d'autorité, et se rendraient coupables envers la société ellemême, s'ils opposaient une résistance invincible à un choix honorable inspiré par un goût persévérant et justifié par de suffisantes aptitudes.
11 en est de même pour le mariage des enfants. La (pi sauvegarde ici dans une juste mesure leur indépendance et l'autorité des parents. En cas de conflit, si d'ailleurs l'union projetée n'a rien de flétrissant, il est désirable que les parents n'aillent pas jusqu'au bout de leur droit. Ces conflits d'ailleurs ne sont pas à craindre dans les fn milles où la tendresse réciproque
a réalisé par avance et pour toujours Tharmonie des volontés.